Proudhon pour aujourd’hui et demain


Proudhon Isabel Autrement



Rédacteur en chef de la revue Krisis et auteur de nombreux essais, Thibault Isabel vient de publier un ouvrage consacré à Proudhon (1809-1865). Actualité du penseur bisontin au regard du traditionalisme maurrassien.L’Action Française 2000 – Pourquoi publiez-vous aujourd’hui ce livre sur la pensée de Proudhon ? Revêt-elle une actualité certaine dans notre post-modernité ? En quoi Proudhon nous parle-t-il encore ? 
Thibault Isabel – Pendant un siècle, la domination du marxisme sur les idées nous a empêchés de concevoir une alternative non communiste à l’hégémonie du système libéral. Soit on était dans le camp de l’URSS, soit on était dans celui des États-Unis. Désormais, la chute du mur de Berlin a changé la donne, puisque l’Union soviétique a disparu. Mais cette situation nous laisse orphelins : même ceux qui voudraient s’opposer au système néolibéral ne savent plus vraiment quel corpus intellectuel mobiliser. Il est donc salutaire d’en revenir aux sources pré-marxistes de la critique du libéralisme, pour montrer qu’on peut penser une alternative cohérente sans sombrer dans le collectivisme. Pierre-Joseph Proudhon a de surcroît anticipé nombre de problématiques centrales de notre temps : la mainmise de la gouvernance technocratique sur la souveraineté citoyenne, la fausse opposition de la gauche et de la droite (qui mènent l’une et l’autre une politique libérale, sur le mode d’une pseudo-alternance), la financiarisation de l’économie, le culte de la consommation, etc.

Votre livre a pour titre « Pierre-Joseph Proudhon – L’Anarchie sans le désordre ». En quoi l’anarchie n’est pas le désordre ? En quoi a-t-elle fini par rejoindre le fédéralisme ? 
Soyons clair : Proudhon n’a jamais cautionné la violence, le chaos et le laxisme moral. Au contraire ! Il défendait des positions éthiques extrêmement rigoristes, condamnait les émeutes pour leur bellicisme et accusait même les grévistes ou les saboteurs de se montrer trop intransigeants. N’oublions pas que l’adjectif “libertaire” a été initialement forgé dans le cadre d’une polémique contre Proudhon, jugé excessivement conservateur. Proudhon croyait à la liberté, mais pas du tout à l’individualisme ou au nihilisme moral. Ce qu’il appelait l’« anarchisme » correspondait à une forme radicale de démocratie, censée rendre sa souveraineté au peuple dans le cadre d’un régime décentralisé, organisé autour de la sphère locale.

Qu’est-ce que le fédéralisme politique et le mutuellisme économique ? En quoi sont-ils complémentaires ? 
Proudhon avait horreur de tout ce qui est grand et adorait tout ce qui est petit. Il était convaincu que les hommes ne retrouveraient leur autonomie que dans un régime à taille humaine. Il se méfiait donc des mégastructures bureaucratiques, qui aliènent les individus et les groupes. De ce point de vue, il a préfiguré la critique orwellienne du stalinisme dictatorial, mais aussi la critique des sociétés libérales hyperadministrées où la machine étatique enfle au point de tout absorber. Ce constat s’applique évidemment aux nations occidentales modernes, devenues jacobines, particulièrement en France, tout comme il s’applique aux structures supranationales de gouvernance telles que l’Union européenne et le FMI. Le fédéralisme constitue une arme contre ce processus de centralisation. Il vise à relocaliser la politique pour que les citoyens retrouvent le contrôle de leur vie. Cette démarche doit pourtant s’accompagner d’une décentralisation économique, car le processus de bureaucratisation s’exprime dans la sphère privée autant que dans la sphère publique, avec le développement d’entreprises multinationales qui aliènent le travailleur exactement de la même façon que l’État bureaucratique aliène le citoyen. Nous devons donc favoriser les petits commerçants contre les grandes corporations planétaires, les petits artisans contre les grandes usines délocalisées et les petits paysans contre les grandes exploitations intensives. Cela transite notamment par le mutuellisme, qui consiste à fédérer les travailleurs indépendants afin de leur permettre de mieux résister aux multinationales. En d’autres termes, il faut mettre en place un fédéralisme économique, en plus du fédéralisme politique, pour assurer notre protection face aux puissances étrangères tout en renforçant le tissu social de proximité.

Dans son livre Décoloniser les provinces, Michel Onfray – préfacier du vôtre – fait coïncider le girondisme et le fédéralisme proudhonien. Cela ne vous semble-t-il pas abusif ? 
Les Girondins, sous la Révolution, défendaient des idées assez dissemblables. Mais ils étaient globalement animés d’une méfiance viscérale à l’égard des politiciens de la capitale : c’est en effet cette confiscation parisienne du pouvoir qui avait alors donné naissance à la Terreur. Proudhon partageait tout à fait cette crainte, d’autant qu’il défendait lui aussi les provinces et leurs identités. Serez-vous surpris si je rappelle que le capital économique et politique d’un pays se concentre précisément au sein de sa capitale administrative, en l’occurrence Paris pour la France ? Lutter pour les provinces revient dès lors à promouvoir la liberté contre toutes les formes d’autoritarisme. Proudhon ne pouvait à ce titre que se retrouver dans le provincialisme de la Gironde. Je voudrais encore rappeler un point : le Girondisme a donné naissance au conservatisme intellectuel français du XIXe siècle. Tocqueville, par exemple, aujourd’hui considéré comme un auteur “de droite”, soutenait des idées très comparables à celles de Proudhon. En réalité, à l’époque, le socialisme proudhonien n’était pas vraiment une idéologie de gauche (au sens des gauches étatistes, libérales ou libertaires actuelles), et le conservatisme n’était pas vraiment une idéologie de droite (au sens des droites orléanistes, bonapartistes ou légitimistes). Tocqueville, en entrant à l’Assemblée, avait même demandé à siéger à gauche ! Toutes nos étiquettes politiques sont à revoir. À l’origine, l’anarchisme et le conservatisme constituaient les deux branches complémentaires d’une même famille de pensée.

En quoi l’anarchisme proudhonien est-il antimoderne ? En quoi Proudhon est-il un critique visionnaire de la société de la consommation ? 
C’est le processus de modernisation qui a provoqué la concentration du capital politique entre les mains de la technocratie bureaucratique, et c’est ce même processus de modernisation qui a provoqué la concentration du capital économique entre les mains de la finance internationale. Proudhon en tenait pour une vision antimoderne de la société, certes ouverte à la justice sociale et au progrès, mais soucieuse de réenraciner les cultures. Il a aussi amorcé la remise en cause de la société de consommation dans la mesure où il prônait une forme de « frugalité heureuse ». Nous devons arracher les pauvres à la misère, disait-il, mais ne pas vivre avec l’obsession de devenir riches ou de consommer toujours davantage.

Pourquoi Proudhon était-il favorable au patriarcat ? Vous écrivez : « Proudhon l’anarchiste anticapitaliste finit par considérer avec bienveillance les idées les plus conservatrices, non parce qu’il les croit supérieures, mais parce qu’il comprend leur part de légitimité. » Adepte du progrès social, Proudhon n’est-il pas antiprogressiste sur le plan moral et politico-culturel ? 
Proudhon croyait à l’autonomie des individus, qui doivent exercer leur sens des responsabilités, mais il remettait en cause la conception libérale de l’individu atomisé, recroquevillé sur lui-même. Bien qu’on ne puisse cautionner les différents types de communautarisme et d’intégrisme, qui enferment l’individu dans une tradition oppressante, on ne doit pas rejeter pour autant la solidarité communautaire ou la valeur des héritages. L’individu vit naturellement au-milieu des autres. Il n’est pas fait pour la solitude. Cette position anthropologique n’est donc ni libérale, ni réactionnaire. Elle est équilibrée. Toutefois, cela n’empêchait pas Proudhon d’être particulièrement rétrograde en matière de mœurs. C’est sans doute l’aspect de sa pensée qui a le plus vieilli : même dans les milieux catholiques traditionnalistes, je ne pense pas que beaucoup de personnes reprendraient encore à leur compte la vision proudhonienne de la femme et de la famille, beaucoup plus rigide que tout ce qu’on peut entendre aujourd’hui ! Voilà en tout cas un paradoxe qui mérite d’être souligné, à propos d’un homme qui fut objectivement le principal fondateur de la pensée socialiste française… 

Proudhon était hostile au « pouvoir des partis » et au « jeu électoral », mais il défendait pourtant l’institution d’une démocratie organique… En quoi a-t-il même été un temps séduit par la solution royaliste ? Georges Sorel, Édouard Berth et les Cahiers du Cercle Proudhon (d’émanation maurrassienne), il y a un siècle, se sont réclamés précisément de l’héritage proudhonien. Comment Proudhon conciliait-il anarchie puis fédéralisme, et monarchie ? 
Proudhon n’était pas monarchiste. En revanche, il n’avait pas le culte de la République. Il soulignait que la démocratie, à laquelle il croyait profondément, pouvait se combiner avec n’importe quel type de régime (tout comme la dictature, qu’il abhorrait). Il existe donc des monarchies profondément démocratiques comme il existe des républiques profondément dictatoriales. C’est pourquoi des rapprochements ont pu s’opérer au XXe siècle entre certains proudhoniens et certains maurrassiens. Mais leur entente n’a pas été facile, car des dissensions idéologiques fortes demeuraient malgré tout. Maurras disait que « la monarchie, c’est l’anarchie plus un ». Le fédéralisme proudhonien mettait plutôt l’accent sur le pouvoir local. Des ponts étaient possibles entre les deux doctrines, mais jusqu’à un certain point seulement. Il n’empêche qu’on retrouve parfois chez Maurras et Proudhon une inspiration commune, qui a également essaimé chez Georges Bernanos, Charles Péguy et les non-conformistes des années 1930.

« Traditionaliste à sa manière, Proudhon nous réconcilie avec les pensées les plus anciennes, contre le sot modernisme – cette étrange hydre à deux têtes qui se dévoile chez Adam Smith, le père du libéralisme, autant que chez Karl Marx, le père du communisme », écrivez-vous. D’ailleurs, vous le qualifiez de « protectionniste » avant l’heure. Confirmez-vous cette affirmation ?  
Le protectionnisme constitue l’un des meilleurs moyens de relocaliser l’économie ! Proudhon fustigeait les mesures protectionnistes lorsqu’elles servaient à entretenir le développement des grandes industries nationales contre l’industrie étrangère : si Coca-Cola était une entreprise française, cela changerait-il quoi que ce soit à ses effets néfastes sur la société ? Mais le philosophe appelait en revanche à l’établissement d’un protectionnisme fédéral, qui s’exprimerait simultanément à l’échelle du continent, de la nation et de la région. Chaque niveau de pouvoir soutiendrait ainsi la production locale. Ce protectionnisme à géométrie variable garantirait l’équité des ressources en empêchant le dumping social, grâce auquel les patrons – ou aujourd’hui les actionnaires – exercent une pression à la baisse sur les salaires et mettent en concurrence les travailleurs de tous les pays. La production économique se développerait au plus près des terroirs. Nous devons bien comprendre que l’essor du libéralisme mondialisé nuit à la pérennité des solidarités concrètes. Seul le retour à un monde de travailleurs indépendants pourrait nous restituer la maîtrise de nous-mêmes. Ce projet est moins utopiste qu’il n’y paraît. L’ubérisation du travail et la multiplication des bulles spéculatives rendent le turbocapitalisme de plus en plus fragile. Le salariat classique est en voie d’extinction. L’économie se métamorphose. Il faut simplement souhaiter que le changement s’effectue dans un sens favorable à la dignité humaine. Les idées de Proudhon peuvent nous y aider.

Propos recueillis par Arnaud Guyot-Jeannin






TRADUCTION EN ANGLAIS



Proudhon for Today and Tomorrow 

l’Action Française 2000 n° 2958 

 July 6th 2017 




Editor in chief of the magazine Krisis and author of numerous essays, Thibault Isabel just published a work devoted to Proudhon (1809-1865). The latest news on the thinker from Besançon from the perspective of Maurrasian traditionalism.
L’Action Française 2000 – Why did you publish this book on Proudhon’s thought today? Does it carry a certain relevance in our post-modern times? What could Proudhon still tell us?
Thibault Isabel – For a century, the Marxist domination of ideas prevented us from conceiving a non-communist alternative to the hegemony of the liberal system. Whether one was in the camp of the USSR, or in the camp of the United States. Henceforth, the fall of the Berlin Wall changed the situation. But this situation left us orphaned: even those who wanted to oppose the neoliberal system didn’t truly know what intellectual corpus to mobilize. So it is salutary to return to the pre-Marxist sources of the critique of liberalism, in order to understand what we can think regarding a coherent alternative without sinking into collectivism. In addition, Pierre-Joseph Proudhon anticipated numerous central problems of our time: the stranglehold of technocratic governance over the citizen’s sovereignty, the false opposition of the left and right (which both carry out liberal policy, in a form of false alternation), the financialization of the economy, the cult of consumption, etc.
Your book is entitled “Pierre-Joseph Proudhon – Anarchy Without Disorder.” Why is anarchy not disorder? And what ends up linking it to federalism?
To be clear: Proudhon never supported violence, chaos, and moral laxity. Quite the opposite! He defended extremely rigorous ethical positions, condemning riots for their bellicosity and even accusing strikers or saboteurs of showing too much intransigence. Don’t forget that the adjective “libertaire” [Translator’s Note: referring to anarchists who reject moral boundaries] was initially coined in the framework of a polemic against Proudhon, judged to be excessively conservative. Proudhon believed in liberty, but not in individualism or moral nihilism. What he called “anarchism” corresponds to a radical form of democracy, supposed to give sovereignty to the people in the framework of a decentralized order, organized around the local sphere.
What is political federalism and economic mutualism? How are they complementary?
Proudhon was horrified by everything big and he adored everything small. He was convinced that men would only rediscover their autonomy within a human-scale order. He despised bureaucratic mega-structures, which alienate individuals and groups. From this point of view, he prefigured not only the Orwellian critique of dictatorial Stalinism, but also the critique of hyper-administered societies where the state machinery inflates to the point of absorbing everything. This observation evidently applies to modern Western nations, having become Jacobin, particularly France, as it applies supranational structures to governance like the European Union or the IMF. Federalism is a weapon against these processes of centralization. He aims to re-localize politics so that the citizens can retake control of their lives. This measure must be accompanied by economic decentralization, as the processes of bureaucratization are expressed in the private sphere as much as in the public sphere, with the development of multinational corporations which alienate the worker in the exact same way as the bureaucratic state alienates the citizen. So we should favor small tradesmen over big planetary corporations, small artisans against big de-localized factories, and the small peasants against big industrial agriculture. This occurs through mutualism, which consists of workers banding together into independent federations so that they can better resist multinational corporations. In other terms, we must implement economic federalism, in addition to political federalism, in order to protect ourselves against foreign powers while strengthening the local social fabric.
In his book Décoloniser les provinces [Translator’s Note: To Decolonize the Provinces], Michel Onfray – who prefaced your book – aligns Girondism with Proudhonian federalism. Does that seem erroneous to you?
The Girondins, under the Revolution, defended very different ideas. But overall they were driven by a visceral contempt regarding the politicians in the capital: in effect it’s this Parisian confiscation of power which then gave birth to the Terror. Proudhon shared this fear entirely, especially since he defended the provinces and their identities as well. Would you be surprised if I mention that the political and economic capital of a country is concentrated exactly within its administrative capital, in this case Paris for France? As such Proudhon could recognize his thought in Girondin provincialism. Moreover I would like to mention a point: Girondism gave birth to the French intellectual conservatism of the 19thcentury. Tocqueville, for example, considered today as a “right wing” author, supported ideas very similar to Proudhon. In reality, at the time, Proudhonian socialism wasn’t really a left wing ideology (in the sense of the statist, liberal, or libertarian left of the time), and conservatism was not really a right wing ideology (in the sense of the Orleanist, Bonapartist, or Legitimist right). Tocqueville, upon entering into the Assembly, even asked to be seated on the left! All our political labels have to be reviewed. From the start, anarchism and conservatism constituted two complementary branches of the same family of thought.
How is Proudhonian anarchism anti-modern? How is Proudhon a visionary critic of consumer society?
It was the process of modernization which lead to the concentration of political capital in the hands of the bureaucratic technocracy, and its this same process of modernization which lead to the concentration of economic capital in the hands of international finance. Proudhon expounded an anti-modern vision of society, certainly open to social justice and progress, but desirous to re-root culture. He also initiated the critique of consumer society in the measure where he advocated a form of “happy frugality.” He said we should free the poor from misery but we should not live with the obsession to become rich or always consume more.
Why was Proudhon favorable to patriarchy? You write: “Proudhon the anti-capitalist anarchist ended up warmly appreciating the most conservative ideas, not because he thought they were superior, but because he understood their share of legitimacy.” An adept of social progress, was not Proudhon anti-progressive in the moral and politico-cultural scheme?
Proudhon believed in the autonomy of individuals, who must exercise their sense of responsibility, but he questioned the liberal conception of the atomized individual, enclosed within himself. Though one could reject various types of communitarianism and integralism, which enclose the individual in an oppressive tradition, one mustn’t reject community solidarity or the value of heritage. The individual naturally lives among others. He doesn’t live for solitude. So this anthropological position is neither liberal, nor reactionary. It’s neutral. Nevertheless, that didn’t prevent Proudhon from being particularly backward looking in moral matters. It’s doubtlessly the aspect of his thought that is the most old-fashioned: even in Catholic Traditionalist milieus, I don’t think that many people would adopt the Proudhonian vision of wife and family, much more rigid than any vision we can see today! In any case that’s a paradox which deserves to be underlined, regarding a man who objectively was the principal founder of French socialist thought.
Proudhon was hostile to “the power of parties” and the “electoral game,” but yet he defended the institution of organic democracy? In what way was he even tempted by the royalist solution? Georges Sorel, Édouard Berth, and Les Cahiers du Cercle Proudhon (of Maurrasian origin), claimed this exact Proudhonian heritage a century ago. How did Proudhon reconcile anarchy, federalism, and monarchism?
Proudhon was not a monarchist. On the other hand, he wasn’t part of the cult of the Republic. He underlined that democracy, which he strongly believed in, could be combined with any type of regime (even dictatorship, which he abhorred). So there exists deeply democratic monarchies as there exists deeply dictatorial republics. That’s why rapprochements between certain Proudhonians and certain Maurrasians could take place in the 20th century. But their agreement was not easy, because strong ideological disagreements remained. Maurras said that “monarchy, it’s anarchy plus one.” Proudhonian federalism put the emphasis on local power instead. Bridges were possible between both doctrines, but only up until a certain point. Nevertheless, we sometimes find a common inspiration with Maurras and Proudhon, which also is found with Georges Bernanos, Charles Péguy, and the Non-Conformists of the 1930s.
You write, “Traditionalist in his mannerisms, Proudhon reconciles us with the most ancient thoughts, against foolish modernism – this strange two headed hydra that reveals itself in Adam Smith, the father of liberalism, as well as with Karl Marx, the father of communism.” Elsewhere, you qualify him as “protectionist” before his time. Do you confirm this statement?
Protectionism constitutes one of the best means to re-localize the economy! Proudhon castigated protectionist measures when they served to aid the development of big national industry against foreign industry: if Coca-Cola was a French company, would that change its detrimental effects on society? But on the other hand, the philosopher called for the establishment of federal protectionism, which simultaneously expresses itself on continental, national, and regional scales. Thus each level of power would support local production. This multifaceted protectionism would guarantee the equitable distribution of resources by preventing dumping, by which bosses – or shareholders today – put downwards pressure on wages and put the workers of every country into competition. Economic production would develop as locally as possible. We should understand that the development of globalized liberalism undermines the sustainability of concrete solidarity. Only the return to a world of independent workers can restore self-mastery. This project is less Utopian than it seems. The “uberization” of labor and the multiplication of speculative bubbles makes turbocapitalism increasingly fragile. The classical wage earner is on the way to extinction. The economy is metamorphosing. We must simply desire that the change occurs in a way favorable to human dignity. The ideas of Proudhon can help us there.
Interviewer: Arnaud Guyot-Jeannin
Source en français : https://www.actionfrancaise.net/2017/07/07/proudhon-aujourdhui-demain/ [Source en anglais]


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Pierre-Joseph Proudhon : l'anarchie sans le désordre - Thibault Isabel



Pierre-Joseph Proudhon

l'anarchie sans le désordre

Auteur(s) :
Thibault Isabel
Éditeur :
Autrement
Reliure :
Broché
Date de sortie :
31/05/2017
Collection :
Universités populaires & Cie
Intérêts :
Politique /  Histoire / Anarchisme / Socialisme

Proudhon


    L'anarchie sans le désordre Proudhon écrit : « Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni le titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C'est, sous prétexte d'utilité publique, et au nom de l'intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. » Voilà en toute urgence un homme à connaître...

    CARACTÉRISTIQUES

    Titre
    Pierre-Joseph Proudhon : L'anarchie Sans Le Désordre
    Date de sortie
    31/05/2017
    Auteur(s)
    Thibault Isabel
    Traducteur(s)
    Collectif
    Éditeur
    Autrement
    Collection
    Universités Populaires & Cie
    Rayon
    Politique / Généralités Politique
    Reliure
    Broché
    Nombre de pages
    179
    ISBN / EAN
    978-2-7467-4545-2 - 9782746745452
    Format
    21 X 13