Entretien sur la pensée de Pierre-joseph Proudhon



Entretien avec le rédacteur en chef de la revue Krisis
sur la pensée de Pierre Joseph Proudhon et 
la sortie de son livre Pierre-Joseph Proudhon. 
L’anarchie sans le désordre, Préface de Michel Onfray

ISBN : 978-2-7467-4545-2
Éditeur : Autrement
Collection : Universités populaires & Cie
Nombre de pages : 208
Dimensions : 20 x 12 cm
Date de parution : 31 mai 2017
Prix public : 18,50 euros
En commande sur Krisis Diffusion et Eléments

Françoise : Bonjour Thibault Isabel, vous avez sorti en juin dernier un livre sur Pierre-Joseph Proudhon. Pourriez-vous le présenter et expliquer les raisons de ce livre ?
Thibault Isabel : Depuis l’effondrement du communisme, le monde moderne vit dans l’idée qu’il n’existe plus d’alternative viable au libéralisme. « There is no alternative », disait déjà Margaret Thatcher. Or, nous oublions tout simplement que ces alternatives existent toujours, à condition d’en revenir au socialisme pré-marxiste, qui n’avait rien à voir avec le collectivisme stalinien. Proudhon offre une pensée contestataire à visage humain, incompatible avec le goulag et la dictature du prolétariat. Il nous permet de repenser le présent à la lueur des idéaux oubliés du passé. C’est pour cela qu’il est utile.

Françoise : Proudhon vient d’un milieu modeste et, toute sa vie, il devra travailler pour vivre : il sera ouvrier, puis deviendra rapidement travailleur indépendant en gérant sa propre imprimerie… En quoi cela a-t-il influencé ses réflexions ?
Thibault Isabel : Proudhon avait horreur du salariat. Il trouvait humiliant d’avoir à travailler pour un patron, de ne pas pouvoir conduire soi-même sa propre activité professionnelle. La vertu cardinale était à ses yeux la responsabilité, l’autonomie. Tout homme devrait être maître de ses actes et de sa destinée. C’est pourquoi le philosophe bisontin nourrissait un amour sans borne du travail indépendant. Toute sa doctrine économique et politique visait à rendre le travail plus libre, pour affranchir les individus de la domination des puissants.

Françoise : Proudhon – penseur de l’équilibre – est une référence pour des intellectuels venus d’horizons très divers. En quoi peut-on dire qu’il est transcourant, non conforme ? Quelles furent ses influences ? Ses héritiers ?
Thibault Isabel : Proudhon n’était ni capitaliste, ni communiste. Or, toute la pensée politique du XXe siècle a été structurée autour de cette opposition. Dès lors, la pensée proudhonienne nous paraît aujourd’hui inclassable, puisqu’elle n’est pas réductible à un camp clair et bien défini sur l’axe droite-gauche tel que nous le concevons. La plupart des héritiers de Proudhon échappaient eux-mêmes à ce clivage, comme le montrent très bien les non-conformistes des années 30, notamment les jeunes intellectuels personnalistes rassemblés à l’époque autour d’Alexandre Marc. Quant aux auteurs qui ont influencé Proudhon, il faudrait à vrai dire citer tous les pionniers du socialisme : Cabet, Owen, Leroux, Fourier, etc. Nous avons tendance à oublier qu’il existait alors une vaste nébuleuse d’intellectuels de grand talent.

Françoise : Longtemps après sa mort, l’écrivain catholique Georges Bernanos a pu dire de la civilisation moderne qu’elle était avant tout « une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure ». Quel point de vue Proudhon portait-il sur la Modernité et la philosophie du Progrès ?
Thibault Isabel : Proudhon défendait le progrès social, mais il ne croyait pas au Progrès linéaire de la civilisation. Il était même convaincu que le progressisme revêtait un caractère utopique et chimérique. C’est pourquoi il se disait simultanément partisan du progrès et de la conservation, parce que nous avons en réalité besoin des deux pour faire fructifier sainement toute société.

Françoise : Proudhon a tenu des propos particulièrement virulents à l’encontre des institutions ecclésiastiques mais se montrait en parallèle très conservateur sur le plan des mœurs. Quel était son rapport à la question religieuse ?
Thibault Isabel : Proudhon était passionné par la religion. D’abord élevé dans le catholicisme par sa mère, il s’est affranchi progressivement de la mystique théiste pour s’orienter vers une sorte de panthéisme, sous l’influence notamment de la franc-maçonnerie traditionnelle (et non bien sûr de la franc-maçonnerie laïque). Proudhon se sentait très proche des vieilles cultures païennes, et il s’intéressait en particulier au taoïsme, voire à la religion amérindienne, même s’il en avait une connaissance très sommaire.

Françoise : De la justice dans la révolution et dans l’Église, puis La pornocratie (paru incomplet et posthume), valent à Proudhon d’être considéré comme misogyne… Sa vision de la Femme et sa critique de la féminisation de la société sont-elles intrinsèques à ses réflexions économiques et politiques ?
Thibault Isabel : Non, très franchement, je ne le pense pas. Les propos de Proudhon sur les femmes, quoiqu’assez lamentables de mon point de vue, n’ont pas eu d’incidence sur sa pensée philosophique profonde. J’irais même jusqu’à dire qu’il n’a pas réussi à étendre les principes de sa philosophie à la question des sexes, ce qui lui aurait permis de préfigurer l’idée d’« équité dans la différence », chère à bien des féministes différentialistes contemporaines. Proudhon en était resté à l’infériorité constitutive des femmes, qu’il ne nuançait que dans de rares développements de ses livres.

Françoise : Les réflexions proudhoniennes sur la propriété sont aujourd’hui particulièrement galvaudées… Pourriez-vous éclairer sa fameuse phrase « La propriété c’est le vol » ?
Thibault Isabel : Proudhon était au fond un défenseur acharné de la petite propriété privée, qui lui semblait constituer un frein au développement du grand capital. Quand Proudhon affirme que « la propriété c’est le vol », il dénonce seulement l’accumulation du capital, c’est-à-dire le fait que les petits propriétaires indépendants soient peu à peu remplacés par de grands propriétaires capitalistes. Les premières œuvres de Proudhon restaient quelque peu ambigües sur cette distinction, mais les dernières œuvres rectifieront le tir d’une manière tout à fait explicite.

Françoise : On dit Proudhon socialiste, anarchiste mais peut-on également le considérer comme un précurseur de la Décroissance ?
Thibault Isabel : Stricto sensu, non, car, au XIXe siècle, il n’y avait guère de sens à réclamer davantage de frugalité pour lutter contre la dévastation écologique, dont les effets n’étaient pas aussi visibles qu’aujourd’hui. En revanche, Proudhon a incontestablement été l’un des grands précurseurs de la décroissance par sa philosophie générale. Il remettait en cause l’accumulation de richesses pour elle-même et privilégiait le qualitatif au quantitatif. On trouve également chez lui un rapport à la nature quasi-religieux.

Françoise : La Commune de Paris, survenue quelques années après sa mort, peut-elle être vue comme une tentative (consciente ou inconsciente) de mise en pratique de certaines de ses idées ?
Thibault Isabel : Assurément, d’autant que la majeure partie des communards étaient proudhoniens ! N’oublions pas que, jusqu’à cette époque, Proudhon était beaucoup plus célèbre que Marx… En revanche, la défaite de la Commune va mettre un coup d’arrêt à l’expansion du proudhonisme en France : beaucoup de proudhoniens perdront d’ailleurs la vie au cours des événements de cette période.

Françoise : Proudhon fut député socialiste et affirma qu’« Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle l’Assemblée Nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent ». Quelle était sa vision générale de la Démocratie et de la Politique ?
Thibault Isabel : Proudhon n’aimait guère la démocratie parlementaire, qu’il jugeait technocratique et potentiellement dictatoriale. Il n’aurait eu aucun goût pour les « présidents jupitériens », par exemple. Proudhon défendait plutôt les démocraties locales et décentralisées, où le peuple s’exprime d’une manière beaucoup plus directe et participe au pouvoir.

Françoise : Proudhon considérait que la France est « le pays du juste milieu et de la stabilité… en dépit de son esprit frondeur, de son goût pour les nouveautés et de son indiscipline » et qu’en chaque français sommeille « un conservateur doublé d’un révolutionnaire ». Quel rapport Proudhon, fier franc-comtois, défenseur du fédéralisme et du principe de subsidiarité, entretenait-il à la Nation française ? à l’État français ?
Thibault Isabel : Proudhon n’aimait pas beaucoup la France, qu’il associait au jacobinisme, à la centralisation et au mépris des particularismes locaux. Il était plutôt régionaliste. Mais son fédéralisme impliquait la coexistence de différentes échelles de pouvoir, où la France aurait pu servir de strate intermédiaire entre la région et l’Europe. Proudhon estimait que la nationalité française était une abstraction et qu’elle ne correspondait à aucune patrie charnelle. Seules les régions avaient réellement grâce à ses yeux, parce qu’elles sont plus proches de l’homme. Le terroir, c’est ce qui nous entoure de manière immédiate et façonne concrètement notre manière de voir le monde.

Françoise : Quels sont les œuvres à lire en priorité de Proudhon ?
Thibault Isabel : C’est assez difficile à dire. Proudhon écrivait beaucoup, et il avait la fâcheuse habitude de diluer sa pensée dans d’interminables digressions qui ont parfois mal vieilli. Ses derniers livres sont à mon avis les meilleurs, et les plus synthétiques. Je recommande surtout Du principe fédératif, qui condense ses principales réflexions politiques autour de la démocratie.
blog patriote Proudhon




Revue Eléments n°167 : la réponse polythéiste

Pour un réenchantement païen du monde, Thibault Isabel
A  découvrir dans le dossier d'Eléments n°167 : La réponse polythéiste face aux fondamentalismes



polythéisme paganisme païen
EXTRAIT DE L'EDITORIAL D'ELEMENTS N°167

"Les mœurs sont la source du lien social. Il y a des mœurs collectives parce que l’homme est fondamentalement fait pour vivre en société, et que ces mœurs consolident le rapport social et permettent de définir le bien commun. Il ne peut y avoir de vie commune que là où il existe des valeurs et des pratiques partagées, valeurs et pratiques qui sont autant de normes constitutives de l’identité collective.


Le peuple ne peut pas être souverain s’il ne forme pas une entité où les gens se connaissent et se reconnaissent, ont confiance les uns dans les autres et tiennent leurs engagements réciproques. 

C’est la raison pour laquelle il est illusoire de parler de «vivre ensemble» là où l’on a par avance détruit les conditions de la dépendance mutuelle et du commun. Et c’est aussi pourquoi l’immigration massive à laquelle on assiste dans les pays occidentaux suscite de telles difficultés. Que les membres d’une même société soient d’origine variée n’est pas en soi un problème. Le problème commence dès que les valeurs et les pratiques partagées se heurtent à d’autres valeurs et à d’autres pratiques, qui tentent de s’acclimater sous la forme d’une contre-société étrangère à la culture d’accueil. Le problème de l’immigration n’est en définitive ni un problème de race ni un problème d’origine. C’est un problème de mœurs qui, lorsqu’elles se révèlent inconciliables, créent de ce fait des situations potentiellement polémogènes, car intrinsèquement destructrices du commun."

Au sommaire du N°167 d'Eléments
• FigaroVox, Causeur, Le Postillon... Le renouveau de la presse d’opinion.
Entretien avec Alexandre Devecchio, Sébastien Le Fol et Daoud Boughezala

Dossier : La réponse polythéiste face aux fondamentalismes
• Le débat Michel Onfray - Alain de Benoist
• Ces écrivains catholiques convertis au paganisme
• Pour un réenchantement païen du monde
• Claude Seignolle, le réenchanteur

Et aussi...
• De quoi le terrorisme est-il le nom ?
• L’Europe est-elle condamnée à subir le terrorisme ?
• À l’école du lynchage médiatique
• Quel sens donner à la guerre ?
• Les migrations pour les nuls
• Face au second choc migratoire, par Jean-Paul Gourévitch
• La bombe démographique africaine, par Bernard Lugan
• La décroissance : entretien avec Serge Latouche
• Chávez, une révolution inachevée
• Le centenaire de Léon Bloy
• Éric Rohmer, un héritier du Grand Siècle



6.90 euros
 


Quelques lectures :





Krisis 47 : Paganisme ?

Comment peut-on être païen ? Cette question ne manquera pas d’étonner dans une Europe très largement christianisée, où l’adoration des dieux ne signifie plus rien et semble renvoyer à un tissu primitif de superstitions. Si l’on sondait l’opinion, gageons que nos contemporains ne verraient dans la résurgence du paganisme qu’un épiphénomène dérisoire et incompréhensible. Les mystères du Christ et de la Trinité suscitent déjà les moqueries de bien des athées, et la fréquentation des Églises subit une chute sans précédent. Pourquoi diable irait-on s’éprendre de divinités d’un autre âge ? Et pourquoi se donnerait-on la peine de prendre au sérieux les religions de l’Antiquité ?

La littérature universitaire souffre d’une méconnaissance profonde de ce courant cultuel. Nous ne comprenons même plus que des peuples civilisés aient pu prier Zeus, Athéna ou Apollon. Pendant des siècles, l’étude des religions anciennes est restée cantonnée à l’exégèse critique formulée par les historiens chrétiens, avant de passer entre les mains d’universitaires laïques qui, en dehors de quelques exceptions notables, n’ont jamais réellement cherché à saisir leur sujet de l’intérieur. L’heure est donc plus que jamais venue de reprendre avec honnêteté le déchiffrement de la théologie païenne.


Éditorial
Entretien avec Marc Halévy / Les sagesses anciennes et leurs héritiers.
Jean-François Gautier / La théogonie d’Hésiode.
Thibault Isabel / Est-il donc si absurde d’adorer des dieux?
Entretien avec Michel Maffesoli / Catholicisme et paganisme.
Diane Rivière / Le patrimoine païen au fond de l’âme postmoderne.
Philippe Forget / La Fortune, divinité de l’Occident.
Alain de Benoist / Le massacre des Saxons païens de Verden.
Baptiste Rappin / Du paganisme à la philosophie ou la dimension chtonienne de la raison.
Falk Van Gaver / Une religion de la nature ?
Jean-François Gautier / Damascios et le néoplatonisme païen.
Entretien avec Françoise Bonardel / Un dieu à venir?
Alain Gras / La gnose, une pensée de tous les temps.
Jean Guiart / Les missionnaires occidentaux face au «paganisme» dans le Pacifique sud.
Károly Kerényi / Le texte : L’esprit de la fête dans les religions antiques (1940).
En vente ici.


Krisis n° 37 :Religion ?
Emile Poulat : Laïcité, qu’est-ce à dire ?
Débat : Philippe Forget : Laïcité et souveraineté civique
Débat : Thibault Isabel : Plaidoyer contre l’intolérance laïque. Penser la pluralité dans un monde en perpétuelle recomposition
Entretien avec Tariq Ramadan : Considérations sur l’islam, la religion et la société moderne
Entretien avec Raphaël Liogier : La mondialisation du religieux
Paul Masquelier : La religion comme facteur de développement historique. Retour sur la pensée de Jacob Burckhardt
Geneviève Béduneau : Vivante orthodoxie. L’opposition entre essentialisme et existentialisme au sein de la chrétienté
Entretien avec Bernard Hort : Le bien, le mal et le monde. Réponses d’un auteur croyant à certaines attaques contre le christianisme
Document : William James : La valeur psychologique de la religion (1902)
Document : Carl Gustav Jung : La religion comme réalité psychique (1959)
Julie Higaki : Péguy, « athée » de quels dieux ? Entre unité et pluralité, altérité et communion
Pierre Le Vigan : Walter Benjamin et le fait religieux
Le texte : Bertrand Russell : Qu’est-ce qu’un agnostique ? (1953)
En vente ici.


Krisis n° 36 : Polythéisme ? / Monothéisme  ?
Jean Soler : Pourquoi le monothéisme ?
Thibault Isabel : Dieu, l’Un et le Multiple. Réflexion sur les deux formes fondamentales de religion
Entretien avec François Flahault : La conception de l’homme et de la société chez les chrétiens et chez les païens
Document : Walter F. Otto / La sacralisation de la nature dans le polythéisme hellénique (1929)
Geneviève Béduneau : Païens et chrétiens. La question du désenchantement du monde
Frédéric Dufoing : Christianisme et écologie. Retour sur les critiques écologistes du christianisme et la réappropriation chrétienne du débat sur l’environnement
Entretien avec Michel Maffesoli : Vers un nouveau polythéisme des valeurs
Entretien avec Philippe Simonnot : La vie économique des religions
Thibault Isabel : La philosophie religieuse de Maître Xun. Culture, spiritualité et pensée cosmogonique au temps de Confucius
Document : Louis Ménard / Le sacerdoce en Grèce ancienne (1863)
Le texte : Kostas Axelos / Héraclite et le Divin
En vente ici.


Eléments 167: La réponse polythéiste
Éditorial
03 Les mœurs
04 Forum
L’entretien
06 Le renouveau de la presse d’opinion
Cartouches
10 Le regard d’Olivier François : La liberté Daudet
13 Une fin du monde sans importance par Xavier Eman
17 Cinéma : Bernard Menez
19 Champs de bataille : La pluie de Valmy
23 Musique : Aux sources du jazz
27 Sciences
Le combat des idées
30 De quoi le terrorisme est-il le nom ?
34 L’Europe est-elle condamnée à subir le terrorisme ?
36 À l’école du lynchage médiatique
40 Quel sens donner à la guerre ?
42 Les migrations pour les nuls
44 Face au second choc migratoire, par Jean-Paul Gourévitch
45 La bombe démographique africaine, par Bernard Lugan
48 La décroissance : entretien avec Serge Latouche
51 Chávez, une révolution inachevée
54 La musique industrielle et la vieille Angleterre
58 Twin Peaks le retour
60 Éric Rohmer, un héritier du Grand Siècle
62 Sa majesté Wyndham Lewis
64 Le centenaire de Léon Bloy [voir aussi Livr'arbitres n°23 consacré à Léon Bloy]

Dossier
67 Face aux fondamentalismes, la réponse polythéiste
68 Pour un réenchantement païen du monde
72 La rencontre : Michel Onfray, Alain de Benoist
77 Cheyenne-Marie Carron coté chrétien
78 Cheyenne-Marie Carron côté païen
79 Ces écrivains catholiques que le polythéisme attire
83 Claude Seignolle, le réenchanteur
Panorama
86 L’œil de Slobodan Despot
87 Série télé : Incorporated, la Metropolis du futur
88 Philosophie : Qu’est-ce que la détresse ?
92 L’esprit des lieux : Rome
94 C’était dans Éléments : Les écrivains ressuscitent les dieux
95 Éphémérides

La réponse polythéiste, revue Eléments 167
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Retour sur la question du paganisme


https://krisisdiffusion.com/46-krisis-47-paganisme

Libre Journal des lycéens du 15 juillet 2017 : “Rencontre avec une cinéaste libre, solaire et inspiré ; Retour sur la question du paganisme”

Par Pascal Lassalle | 15 juillet 2017 | Libre Journal des lycéens | Mots clés :  .  .  .  . 
Pascal Lassalle recevait Cheyenne-Marie Carron, réalisatrice, scénariste, productrice, Thibault Isabel, philosophe, historien des civilisations, rédacteur en chef de la revue Krisis. Thèmes : “Rencontre avec une cinéaste libre, solaire et inspirée ; Retour sur la question du paganisme”.


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Entretien avec Thibault Isabel, responsable des éditions KRISIS - Enquête sur l’édition française : «Sans pensée vivante, toute civilisation finit par mourir»,

L'Action Française 2000 se penche sur l'état de l'édition en France. Lit-on encore ? Publie-t-on trop ? L'édition électronique a-t-elle un avenir ? Panorama d'une culture en profonde transformation, avec des témoignages d'éditeurs, dans toute leur diversité. Entretien avec Thibault Isabel, responsable des éditions Krisis. 

L’Action Française 2000
 se penche sur l’état de l’édition en France. Lit-on encore ? Publie-t-on trop ? L’édition électronique a-t-elle un avenir ? Panorama d’une culture en profonde transformation, avec des témoignages d’éditeurs, dans toute leur diversité. Entretien avec Thibault Isabel, responsable des éditions Krisis.
Comment définir votre métier et la vocation des éditions Krisis ?
éditions Krisis, en vente sur Krisis Diffusion
Le métier d’éditeur a beaucoup changé, avec le développement de grands groupes d’édition et la mise au premier plan de critères de rentabilité. Nombre de petits éditeurs s’organisent donc, souvent sur une base associative, pour combler les vides laissés par l’édition classique. C’est à cette logique de l’édition indépendante que nous nous rangeons, avec les éditions Krisis, qui publient la revue du même nom, ainsi que des livres de philosophie, de politique et de littérature. Nous publions à la fois des auteurs contemporains, comme Charles Robin ou Xavier Eman, et des rééditions de grands classiques oubliés, comme Les Titans et les Dieux de Friedrich Georg Jünger. Les éditions Krisis sont une petite structure, et nous ne pouvons pas éditer tout ce que nous voudrions, malheureusement. Nous mettons en tout cas l’accent sur les livres de qualité, négligés par la pensée dominante, qui permettent de remettre en cause les clivages habituels et sortent des sentiers battus. Le but d’un éditeur devrait être de privilégier la qualité de ce qu’il publie plutôt que son potentiel commercial. N’oublions pas qu’il y a en France (et partout dans le monde) une crise de la littérature de sciences humaines, liée à la dévalorisation générale de l’écrit et du savoir. Les ventes d’ouvrages de ce genre sont en chute libre, depuis les années 1980, et ont pris un tour abyssal ces dernières années. C’est pourquoi de moins en moins d’éditeurs en publient, et, lorsqu’ils le font malgré tout, privilégient des manuels, des dictionnaires ou des ouvrages de référence plutôt que des livres d’auteur développant une pensée originale, ce qui est toujours plus risqué. Cela conduit, à mon avis, à une crise de civilisation dont nous ne nous relèverons peut-être pas, collectivement. Le public doit prendre conscience du fait que, sans pensée vivante, toute civilisation finit par mourir.
Pourtant, chaque année, les médias nous annoncent-il pas qu’il n’y a jamais autant de livres publiés ?
C’est vrai. Cela s’explique par une baisse importante des coûts de fabrication. Désormais, grâce à l’impression numérique, il ne coûte plus très cher de faire paraître un ouvrage. D’où une explosion des chiffres de production et une multiplication des petits éditeurs. Mais cette richesse et cette diversité du monde de l’édition ne sont qu’un leurre, sur un plan qualitatif. Les livres d’idées se vendent de moins en moins bien, surtout si l’on fait abstraction des manuels, qui, dans le domaine des sciences sociales, gonflent artificiellement les ventes. Il y a trente ans, on vendait en moyenne cinq mille exemplaires d’un livre de sciences sociales. Aujourd’hui, on en vend trois cents. Donc, si l’on multiplie le nombre de titres édités, c’est d’abord pour limiter les risques commerciaux et rentabiliser en diversifiant la production. Même dans les médias, il n’y a plus guère d’émissions d’idées de qualité. La télévision a vu ces dernières années une multiplication exponentielle des chaînes, mais toutes diffusent les mêmes programmes insipides, stéréotypés. Elles se sont rabattues sur du divertissement ou de l’information en continu. Plus la quantité croît, plus la qualité baisse, là aussi. L’approche quantitative est donc un cache-misère qui dissimule la réalité. Je suis pessimiste. Le temps où un éditeur était un homme passionné de philosophie ou de littérature, l’époque où il montait une maison d’édition afin d’assouvir son goût pour la culture, tout cela est révolu. La majeure partie des maisons d’édition sont aujourd’hui possédées par de grands groupes, qui ont une vision purement économique du métier. Ils veulent de la rentabilité à court terme et s’adaptent donc aux demandes du public le plus large. Ils ne veulent pas proposer des contenus originaux, mais garantir le succès avec des recettes assurées.
Les éditeurs les plus exigeants sont-ils condamnés à produire à perte ? Le développement des livres numériques serait-il une solution le cas échéant ?
S’il y a autant de petits éditeurs, c’est précisément parce qu’ils ne produisent plus à perte. Comme la production numérique est très bon marché, il ne coûte plus grand chose de produire des livres, et les éditeurs associatifs arrivent à avoir des comptes équilibrés. Ce qui leur coûte réellement, ce sont les frais d’envois. Il reste peu de libraires indépendants, et la vente à distance est le moyen principal de diffusion. Or, la Poste augmente chaque année les frais d’envois des colis. Les petits éditeurs vont avoir de plus en plus de mal à garder des comptes équilibrés et, lorsqu’ils disparaîtront, ils ne pourront plus compenser la production médiocre des grands groupes d’édition, en lançant avec courage de jeunes auteurs pleins d’avenir. Grâce à l’édition de livres numériques, cependant, nous allons sans doute assister à une démocratisation considérable du monde éditorial. Les éditeurs diffuseront directement via l’internet. Il se produira alors dans l’édition un phénomène comparable à celui qui s’est déjà produit dans la musique. La grande édition sera de moins en moins rentable, car elle sera plus massivement concurrencée par les médias alternatifs. N’importe qui ou presque pourra diffuser un livre et le commercialiser sans être inféodé aux circuits de distribution contrôlés par les poids lourds du secteur. C’est la face positive des choses, de mon point de vue. Mais il y a aussi un côté négatif : on ne lit pas un livre numérique de la même façon qu’un livre papier. Plus on diffuse les livres par le numérique, plus on encourage le zapping. La profusion est une richesse, mais elle implique aussi une forme d’éparpillement. Être et Temps de Martin Heidegger ne trouverait plus aujourd’hui son public. Les gens ne sont plus habitués à des livres d’un tel volume, qui nécessitent une lecture attentive et suivie. Les nouvelles modalités de lecture favorisées par l’internet entretiennent selon moi le déclin de la production intellectuelle dans ce qu’elle a de plus exigeant.
La diversité des publications va-t-elle aussi ébranler un peu la puissance des mandarins universitaires ?
En termes de production de livres, oui, indéniablement. Tout travail universitaire pourra éventuellement être publié. Mais il ne suffit pas d’être publié : encore faut-il trouver son public. Or, la profusion, là encore, va avoir un effet d’éparpillement. Le meilleur livre du monde passera inaperçu au milieu de la masse des livres médiocres qui seront présentés. Le pouvoir des médias restera central pour le grand public, et le pouvoir des mandarins restera central également dans le monde universitaire : ce sont eux qui opéreront la sélection entre le bon grain et l’ivraie, ou ce qu’ils perçoivent comme tel. Même si l’internet permet une visibilité accrue de sensibilités autrefois marginalisées, il n’empêche donc pas l’ostracisme.
Quel est votre plus grande réussite dans le domaine éditorial ? Quel est l’auteur le plus injustement méconnu que vous ayez édité ?
éditions Krisis, en vente sur Krisis Diffusion
Je ne pourrai pas isoler une réussite en particulier. C’est au contraire la constance de l’action éditoriale qui est méritoire, sur la durée. La structure éditoriale dont je m’occupe actuellement (Krisis) a existé sous des formes diverses depuis près de cinquante ans. Toujours dans les marges, mais toujours influente malgré tout, et toujours présente. Je suis très fier d’en être l’un des continuateurs, l’un des héritiers. Quant à l’adjectif “méconnu”, il ne saurait s’appliquer à Alain de Benoist, mais il est en tout cas l’auteur le plus injustement déconsidéré que nous ayons édité. C’est un homme de très grand talent, qui a longtemps été boudé par la grande édition. Mais les choses commencent à changer, fort heureusement, car la mauvaise réputation qu’on accolait par le passé à Alain de Benoist était profondément ignoble. Il publie maintenant aux éditions de Fallois, chez Pierre-Guillaume de Roux, au Rocher, etc. Le public semble de plus en plus favorable aux pensées alternatives. Au moment où Eric Zemmour caracole en tête des ventes d’essais, les gens comprendraient d’autant plus mal qu’Alain de Benoist soit encore ostracisé. Mais n’oublions pas que, si les possibilités d’expression médiatique sont plus grandes, le traitement médiatique des auteurs sulfureux reste quant à lui partial et orienté. Certains intellectuels iconoclastes passent certes beaucoup de temps dans les médias, comme Zemmour, Onfray ou Finkielkraut. Mais ils sont attaqués sans cesse ! Les lignes bougeront réellement lorsque ce ne sera plus le cas et qu’il sera possible, en France, de proposer des alternatives au libéralo-centrisme dominant.
Est-ce que l’avenir de l’intelligence ne repose pas en partie sur une internationale des éditeurs et réseaux intellectuels en Europe ?
C’est important et, très franchement, notre mouvance a particulièrement bien réussi dans ce domaine. Alain de Benoist mobilise un vaste réseau européen, et c’est d’ailleurs en Italie qu’il a le plus grand succès. Nous avons la chance de pouvoir nous appuyer sur un large réseau de contacts, que ce soit en Italie, en Espagne, en Belgique, en Allemagne, et même partout dans le monde. Nous avons des correspondants à l’étranger, et nous y connaissons des éditeurs, qui suivent tout ce que nous faisons. Ce sont ces éditeurs étrangers qui traduisent une bonne partie des livres que nous publions en France et assurent notre influence internationale très large. Se développer à l’échelle européenne présente deux intérêts. Le premier est de dépasser les conflits idéologiques franco-français. Secondement, l’élargissement de l’influence intellectuelle permet de traiter certaines questions à l’échelle globale. Nous devons tous constituer un réseau international pour avoir du poids à l’échelle de la société, face à des problématiques elles-mêmes de plus en plus globales : mondialisation, crise écologique, développement de la finance, etc. Car c’est à une authentique crise de la civilisation européenne que nous sommes en train d’assister. Notre peuple ne peut pas se développer sans un rapport au livre qui soit fondé sur l’exigence. Sans rigueur dans la lecture et dans la pensée, la culture se dégrade. L’approche consumériste du livre condamne le peuple français, européen et occidental à une attitude grégaire. C’est l’intelligence qui préserve de la docilité. On n’a pas d’idées rebelles sans avoir tout simplement des idées. Le nivellement de la culture aboutit à un nivellement de l’esprit critique et de l’intelligence. Le philosophe et historien Jacob Burckhardt a déjà développé depuis longtemps cette thèse de la mort de la civilisation en constatant que les moyens de communication modernes allaient certes permettre une diffusion de la culture, mais aussi une commercialisation de la pensée. Je suis convaincu qu’il s’agit du principal défi à relever, et le monde de l’édition y joue un rôle crucial. Aujourd’hui, ce défi ne peut être relevé que de manière associative. Dans un monde où l’argent occupe une place aussi importante, nous devons sortir du culte de la marchandise. Nous devons faire le pari de l’intelligence pour que l’homme soit de nouveau structuré par la culture, plutôt qu’abêti par les médias.


Proudhon: l'ordre sans le pouvoir

Pierre-Joseph Proudhon / autrement



Pierre-Joseph Proudhon Autrement Histoire politique
En vente sur Amazon
L'Anarchie sans le désordre...

Dans la collection : Universités populaires & Cie.

Par, Thibaut Isabel, né à Roubaix, en 1978, philosophe et historien des civilisations, rédacteur en chef de la revue de sciences humaines, Krisis, depuis 2003.

Avec une préface du désormais incontournable, et parfois trop bavard, Michel Onfray, inventeur de l'université populaire de Caen. 

Voici une lecture que je recommande à tous ceux qui veulent aujourd'hui se mêler de politique, et particulièrement, aux amis de Jean-Luc Mélenchon, et, à toutes les victimes des promesses mégalomaniaques de Manu Macron. Surtout, ne vous dites pas : Proudhon, c'est casse-tête ! Vous allez découvrir une immense quantité d'informations nécessaires, comme le fait que Karl Marx détestait Proudhon, et qu'il lui fit la guerre autant que possible. Vous allez me dire, mais l'Anarchie... Au XIXe siècle, on ne cultivait pas le désordre, donc l'anarchie n'est pas synonyme de désordre de «rejet du pouvoir», comme l'indique son étymologie grecque. L'anarchie, selon une formule célèbre de Proudhon, c'est donc «l'ordre sans le pouvoir». Un idéal ! Vous serez surpris, à chaque page, par la pensée de Proudhon. Il considérait que la bonté humaine n'était qu'une chimère. Il croyait qu'il fallait gérer les vices et les vertus de notre espèce. Quelle lucidité ! Il s'attacha à la définition des concepts de propriété et de concurrence. Il déclarait : «La concurrence, dans son expression supérieure, est l'engrenage au moyen duquel, les travailleurs se servent réciproquement d'excitation et de soutien.» Proudhon s'opposa légitimement aux Monopoles qui sont décrits de nos jours, comme l'ultime progrès économique. Quelle blague ! Proudhon écrivait déjà : «Les monopoles les plus puissants n'étaient pas assez concurrentiels pour revêtir un caractère international et la concurrence étrangère constituait une menace pour leur développement. Aujourd'hui, la taille de ces monopoles a grandi et, devenus de véritables ogres, ils veulent se lancer à la conquête des marchés extérieurs, mais on voit bien que l'établissement des barrières douanières répond en certains cas à des impératifs capitalistes.» Proudhon était contre les douanes : «Les douanes n'ont, de toute façon, pas vocation à protéger les intérêts d'un pays contre un autre, en empêchant certaines importations qui seraient pourtant utiles à la population, au nom des bénéfices du patronat local.» Il est indispensable de relire Proudhon, ennemi définitif de la dictature du prolétariat espérée par Marx et les marxistes, comme Lénine, Staline et Mao. Proudhon fut franc-maçon, ceci ne l'empêchait pas de penser, et d'écrire: «Je pense à Dieu depuis que j'existe, et ne reconnais à personne plus qu'à moi le droit d'en parler.» Mes compliments vont à Thibault Isabel. Quelle ouverture d'esprit ! Le cadeau le plus intelligent du moment !

Broché. 176 p. Format : 20,5 x 13 cm. 18,50€


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Auteur :  Thibault Isabel, Préface de Michel Onfray
Editeur : Autrement
L’anarchie sans le désordre
Proudhon écrit :
« Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science, ni la vertu…
Être gouverné, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé.
C’est, sous prétexte d’utilité publique, et au nom de l’intérêt général, être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre résistance, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. »
Voilà en toute urgence un homme à connaître…
L’AUTEUR:
Né en 1978, Thibault Isabel est philosophe et historien des civilisations. Depuis 2003, il est rédacteur en chef de la revue Krisis.
Format (cm): 13,0 × 20,5 × 1,6
Pages: 180
ISBN: 978-2-7467-4545-2
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