Proudhon : des pistes pour le présent



Un livre de Thibault Isabel 
sur Proudhon 

Alain Santacreu
Source de l'article : WWW.CONTRELITTERATURE.COM


livre de Thibault Isabel sur Proudhon, éditions Autrement



  Pierre-Joseph Proudhon, l’anarchie sans le désordre de Thibault Isabel, paru récemment aux éditions Autrement, est « un formidable livre synthétique, lisible et clair », affirme Michel Onfray dans sa préface. On souscrira volontiers à ce jugement, même si un tel ouvrage doit assumer les inconvénients de ses qualités, la clarté de l’exposition sacrifiant parfois à l’approfondissement de la pensée exposée. L’oeuvre de Proudhon est si foisonnante, prolixe et baroque que l’entreprise de Thibault Isabel était une gageure qu’il est admirable d’avoir su mener à bien.
  Le mot anarchie au sens proudhonien apparaît, telle une profession de foi, dans un passage resté célèbre de Qu’est-ce que la propriété ? 
  « Quelle forme de gouvernement allons-nous préférer ? – Eh ! pouvez-vous le demander ? répond sans doute quelqu’un de mes plus jeunes lecteurs, vous êtes républicain ! – Républicain, oui, mais ce mot ne précise rien. Res publica, c’est la chose publique ; or, quiconque veut la chose publique, sous quelle forme de gouvernement que ce soit, peut se dire républicain. Les rois aussi sont républicains. – Eh bien, vous êtes démocrate ? – Non. – Quoi ? vous seriez monarchiste ? – Non. – Constitutionnel ! – Dieu m’en garde ! – Vous êtes donc aristocrate ? – Point du tout. – Vous voulez un gouvernement mixte ? – Encore moins ! – Qu’êtes-vous donc ? – Je suis anarchiste. »
  Pour autant, s’il fut l’initiateur du mot, on ne peut considérer Proudhon comme le père de l’anarchisme car, contrairement aux autres grands penseurs de ce mouvement, comme Bakounine, Kropotkine ou Malatesta, sa vision de la transformation sociale n’a pas été insurrectionnelle mais rationnelle, consistant en la mise en oeuvre généralisée et progressive de l’autogestion des producteurs par eux-mêmes. Cet aspect pacificateur de l’anarchisme proudhonien, cette « anarchie sans le désordre », est ce que Thibault Isabel a choisi de mettre en lumière dans son livre. 
  En effet, Il y a deux périodes dans la pensée de Proudhon : une première période anarchiste où il soutient la thèse que liberté et pouvoir sont incompatibles ; et une seconde période où il élabore un système politique, le fédéralisme intégral. Ce changement d’orientation est dû à l’apparition de deux modifications théoriques majeures touchant respectivement au statut de l’antinomie et au statut du droit. 
  L’antinomie est le maître mot de Proudhon, le concept dynamique de la dialectique sur laquelle il va fonder sa philosophie sociale. Thibault Isabel le traduit fort opportunément : « Nous devons adopter un cadre social adapté à l’ambivalence de notre nature et apte à faire œuvrer les antinomies qui nous constituent dans une dynamique créatrice plutôt que destructrice » (138) [1].
  L’originalité de la « dialectique de l’équilibre » proudhonienne est la marque même de l’émancipation de sa pensée par rapport à la philosophie allemande et au socialisme marxiste autoritaire. Contrairement à la dialectique de la synthèse hégéliano-marxiste qui repose sur le principe d’identité de la logique classique aristotélicienne, Proudhon considère que toute synthèse du couple antagoniste est négatrice de la liberté. L’auteur du Système des contradictions économiques anticipe, un siècle à l’avance, la rupture épistémologique de la théorie quantique qui s’est produite au début du XXe siècle. Jean Bancal a pu souligner combien « la théorie de la particule et de l’antiparticule constitue en physique moderne une confirmation de la théorie proudhonienne de l’organisation antinomique du monde »[2]. Il faudrait, par conséquent, relire toute l’œuvre proudhonienne à la lumière de cette donnée fondamentale qui montre les affinités électives entre la pensée proudhonienne et la Logique dynamique du contradictoire développée dans la seconde moitié du XXe siècle par le philosophe Stéphane Lupasco. 
  Le « principe d’antagonisme », mis en avant par Proudhon, ouvre la possibilité d’un état d’équilibre rigoureux entre les deux pôles contradictoires, état d’une autre « nature » qui s’identifierait à la Justice absolue. Pour lui, tous les concepts philosophiques, politiques ou économiques sont ambivalents, seule la Justice s’extrait de cette ambivalence pour réaliser l’équilibre des contraires. 
  Pour Thibault Isabel cette dialectique retrouve la pensée des pré-socratiques : « C’est en effet sur la base de présupposés quasi héraclitéens que repose la promotion du mutuellisme fédéral, comme dialectique de l’individuel et du collectif ; et toute l’interrogation proudhonienne sur la propriété s’articule autour d’un principe majeur : la contradiction irréductible de l’Un et du Multiple, et la nécessité civilisationnelle d’une conjonction des opposés, en tant que chemin vers l’harmonie. » (108)
  Comme l’annonce l’épigraphe du Système des contradictions économiques – « Destruam et aedificabo », Détruire pour reconstruire – le fédéralisme constitue l’aboutissement de la pensée de Proudhon. Plutôt qu’au principe négatif et destructeur de l’anarchie, c’est donc à ce principe positif et constructeur du fédéralisme que s’attache l’analyse de Thibault Isabel. Les pages qu’il consacre aux caractéristiques du contrat fédératif sont particulièrement denses et éclairantes. La conception proudhonienne d’un fédéralisme global prend en considération non seulement la dimension politique mais aussi économique de l’organisation sociale. Elle se fonde sur un type de contrat de réciprocité et de commutativité très différent du contrat social de l’État rousseauiste.
  Thibault Isabel structure la première partie de son ouvrage autour de l’antagonisme central de l’autorité et de la liberté. Proudhon a récusé le présupposé selon lequel l’autorité est la condition de l’ordre dans la société. Dans cette logique qui identifie ordre et autorité, tout esprit critique, toute velléité d’indépendance et d’autonomie, c’est-à-dire toute expression de liberté est immédiatement suspectée de menacer l’ordre public. Il s’agit donc de déterminer comment les relations entre les hommes peuvent s’organiser sans l’intervention d’une autorité qui impose une doxa des comportements citoyens. Proudhon voit dans la Justice le principe de l’ordre social. Il dénonce l’idée d’une subordination de la justice à l’autorité. Toute sa philosophie se fonde sur l’affirmation de la souveraineté de la Justice qu’il définit comme l’exigence morale du respect égal et réciproque de la dignité des personnes. La Justice est le principe d’équilibre entre la liberté et l’autorité.
  Dans la philosophie proudhonienne les concepts de droit et de morale sont étroitement liés et trouvent aussi leur fondement dans sa théorie de la dialectique. L’équilibre entre le droit et le devoir est une condition du fédéralisme intégral. En effet, comment concevoir un système de la liberté, si l’idéal moral de l’individu se réduit à se conformer à la volonté collective et n’implique aucune liberté d’adhésion personnelle ? Pour Proudhon, la vie en société doit être réglée en sorte qu’elle repose sur la reconnaissance spontanée des droits et devoirs mutuels de chaque individu, cette reconnaissance est précisément le fait de la liberté qui vient équilibrer l’autorité. Cela est parfaitement traduit par Thibault Isabel dans la seconde partie de son ouvrage : « Toute réforme qui s’appuierait sur la contrainte plutôt que sur la volonté serait par définition dirigiste : le progrès social deviendrait le fruit d’une pression extérieure, au lieu de reposer sur une pression morale intérieure des hommes » (151).
  Sa pratique « sérielle » de la dialectique permet à Proudhon d’opposer son mutuellisme au communisme et sa théorie idéo-réaliste, qui rejette tout à la fois l'idéalisme et le matérialisme, au matérialisme historique de Karl Marx.
  Thibault Isabel rappelle que le totalitarisme soviétique a été engendré par la pensée marxienne même : « La perspective marxiste est nuisible parce qu’elle n’abolit en fait que la dimension du conflit sans laquelle les individus perdraient toute volonté (ou les peuples toute vitalité). Cette dialectique aboutit au culte transitoire de l’État – et, à tout le moins, de manière plus définitive, au partage communautaire obligatoire –, qui est pour Proudhon la négation non intégrative de l’individualité dans l’Être politique ou économique collectif. Une fois un tel État ou une telle communauté de biens établis, la totalité politico-économique refoule l’individualité dans les sphères obscures du devenir social ; celle-ci risque ensuite de rejaillir sous un jour violent et pathologique, en raison même du refoulement frustrant auquel elle aura été conduite. » (127)
  Michel Onfray l’avait déclaré sans détour dans sa préface : « Les textes de Marx et d’Engels rassemblés sous le titre Théorie de la violence montrent sans aucune ambiguïté que le socialisme marxiste revendique la violence comme accoucheuse de l’Histoire. Le goulag se trouve donc dans ce corpus qui procède en ligne droite du jacobinisme robespierriste » (11).
  L’interprétation de Proudhon par Thibault Isabel, rythmée par de courts chapitres didactiques et progressifs, permet de saisir d’une façon vivante la cohérence de la pensée du philosophe. La grande force de l’ouvrage provient de la mise en perspective constante des principaux aspects de la philosophie proudhonienne avec la réalité politico-économique de notre contexte contemporain. Tel est l’enjeu majeur du livre, ce recours actuel à Proudhon que l’auteur a clairement explicité dès son introduction : « Proudhon a vécu les prémices d’un mouvement modernisateur dont nous voyons les ultimes avatars. Il a connu la naissance des grands États et du grand capital. Toutes ses analyses font écho à notre actualité la plus brûlante ; elles nous aident à élaborer des pistes pour le présent » (19).

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[1] Les chiffres entre parenthèses renvoient à la numérotation des pages de l’ouvrage de Thibault Isabel.
[2] Jean Bancal, Proudhon, pluralisme et autogestion, t. 1, Aubier, 1967, p. 118.


Proudhon, le grand oublié de l’histoire des idées


Proudhon est le grand oublié de l’histoire des idées, occulté par son frère ennemi d’outre-Rhin Karl Marx.



Proudhon Autrement Isabel Onfray
Disponible sur Krisis Diffusion et Amazon
Préfacé par Michel Onfray sonnant une roborative charge antimarxiste – mais nullement anti-marxienne –, le dernier opus de Thibault Isabel, rédacteur en chef de la substantifique revue Krisis, expose en une quinzaine de courts chapitres, dans une langue cristalline, la rafraîchissante pensée du père de l’anarchisme concret, Pierre-Joseph Proudhon.
Passé à la postérité avec sa formule « la propriété, c’est le vol » – par surcroît, bien mal comprise –, Proudhon est le grand oublié de l’histoire des idées, occulté par son frère ennemi d’outre-Rhin Karl Marx. Pourtant, « jusqu’au dernier tiers du XIXe siècle, c’est Marx qui était presque inconnu, et Proudhon qu’on admirait dans toute l’Europe socialiste ! », rappelle opportunément Isabel, qui ajoute que « ce Franc-Comtois né vingt ans après la Révolution française fut la tête de proue des milieux contestataires, alors que naissaient les premiers mouvements de révolte contre l’économie libérale ».
Il en ressort un portrait tout en nuances d’un homme qui, aujourd’hui, serait ostracisé pour malaria lepenia, lors même que le lepénisme – du père comme de la fille, voire de la petite-fille – serait aux antipodes de la pensée fédéraliste, c’est-à-dire antijacobine, subsidiariste, mutuelliste, anti-utopique, autogestionnaire, communaliste, contractuelle, protectionniste, solidariste, antiparlementaire, antilibérale, anticapitaliste mais libertaire enracinée de Proudhon qui, par ailleurs, « multipliait les hommages à la royauté, qui ne lui semblait pas du tout incompatible avec un régime équilibré », c’est-à-dire authentiquement anarchiste. Michel Onfray insiste d’ailleurs, dans sa préface, sur la sémantique en soulignant que « l’anarchie n’est pas synonyme de “désordre”. Elle est synonyme de “rejet du pouvoir”, comme l’indique son étymologie grecque. » Et l’on connait tous cet apophtegme d’inspiration directement proudhonienne de Bernanos : « La monarchie, c’est l’anarchie plus un. » On comprend que certains proudhoniens (Sorel, Berth, Valois) se soient rapprochés, un temps, de l’Action française…
Bon nombre de critiques de la modernité et de l’idéologie du progrès lui sont intellectuellement redevables. L’on pense, par exemple, à notre maître bordelais, Jacques Ellul (et à son fidèle complice Bernard Charbonneau), qui suggérait, dès la fin des années 1930, de « penser globalement [et d’] agir localement », véritable manifeste que, plus tard, le Portugais Miguel Torga fera sien avec son non moins célèbre aphorisme « L’universel, c’est le local moins les murs » (sonnant charnellement mieux en portugais : « universal é o local sem muros »).
Stigmatisant la double aliénation politique et économique de l’homme moderne (Marx ne se préoccupera que de la seconde), Proudhon résout du même coup l’aporie d’un Rousseau observant, aux premières lignes de son Contrat social, que « l’homme est né libre et partout il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres, qui ne laisse pas d’être plus esclave qu’eux. » Dans cette optique, la liberté n’est rien de plus que celle du « barbare » reclus « dans la sphère privée » dont, inévitablement, l’égoïsme souverain n’est rien de moins que tyrannique lorsqu’il se déploie dans la sphère publique. Aussi, parce qu’« au point de vue social, liberté et solidarité sont des termes identiques, […] l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations avec ses semblables ».
Cette conception de la liberté irrigue en profondeur le fédéralisme de Proudhon. Ici, elle n’est plus aliénée au bénéfice de la société, mais partagée entre tous les membres de la communauté, de sorte que l’autonomie de chacun est préservée et, partant, celle également de ladite communauté intriquée dans un complexe fédératif où les excès (notamment de l’État et du capitalisme) se font contrepoids, tandis que la subsidiarité assure l’harmonie du tout en réservant les compétences de chaque partie. De ce fait, il est frappant de voir que Proudhon emprunte à l’organicisme de la « communauté symbiotique » d’Althusius. L’un et l’autre ne conçoivent la politique que par le bas. À méditer d’urgence !
Docteur en droit, journaliste et essayiste

Pourquoi nous continuerons à dialoguer avec Michel Onfray, Marcel Gauchet, Eugénie Bastié, Natacha Polony et les autres !



Collaborateur d’Éléments et rédacteur en chef de Krisis, Thibault Isabel vient de faire paraître Proudhon, l'anarchie sans le désordre, aux éditions Autrement. Il répond amicalement mais fermement à l’injonction à la pureté médiatique. Un vibrant coup de gueule contre la politique du hérisson.

On voit se multiplier dans les milieux alternatifs une course au purisme anti-médias. Tous ceux qui se compromettent à la télévision ou à la radio sont moqués pour leur collaboration avec le Système, même s’ils se montrent résolument hostiles au mondialisme néolibéral. Natacha Polony est ainsi accusée d’aimer les paillettes, Marcel Gauchet passe pour un universitaire trop prudent et l’on taxe parfois Eugénie Bastié de garder sa langue dans sa poche depuis qu’elle est entrée au Figaro. Mais la palme de l’intellectuel médiatique le plus critiqué revient à Michel Onfray, à qui Rémi Lélian vient d’ailleurs de consacrer un pamphlet chez Pierre-Guillaume de Roux, La raison du vide. Notons au moins que tous ces auteurs ont accepté d’écrire dans Éléments au cours des derniers mois, ce qui dénote malgré tout une certaine liberté de ton. D’aucuns regrettent pourtant que de tels rapprochements soient possibles, y compris parmi les détracteurs les plus virulents de la bonne pensée dominante.

Solidariser les esprits rebelles 

Étrange attitude ! Il faudrait donc ostraciser tous ceux qui jouent le jeu des médias, exactement comme les médias ostracisent tous ceux qui refusent de montrer patte blanche. C’est oublier que, sans la voix de ces intellectuels « antisystème » au cœur du système, les marges idéologiques du débat public n’auraient presque plus aucune visibilité. On a le droit de ne pas aimer tel ou tel, et même de contester ses idées. Mais pourquoi repousser les bonnes volontés, d’où qu’elles viennent ? Si Onfray et quelques autres n’étaient pas là, il n’y aurait plus guère de pensée critique audible. On connaît la formule de Péguy : « Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains. » À force de se retrancher dans leur tour d’ivoire, nos puristes d’un nouveau genre pourraient finir par parler totalement dans le vide.

Il ne manque pas de bonnes âmes pour reprocher à Onfray, et à Éléments par la même occasion, d’assumer des positions fort peu catholiques, et pour tout dire païennes. Admettons. Mais ces petites guerres de religion, qu’on croyait évanouies, méritent-elles vraiment d’être réactivées aujourd’hui ? Ne peut-on défendre les options morales et religieuses qu’on croit justes tout en débattant ensemble des grandes questions politiques contemporaines, et en menant ponctuellement des combats partagés ? Pourquoi diable les opposants à la mondialisation devraient-ils sans cesse se diviser, alors qu’ils sont déjà bien en peine de peser sur les débats ?

Il semble donc que le purisme de droite réponde naïvement au purisme de gauche, jusqu’à rendre les uns et les autres aveugles à leurs points de convergence. Il ne sert à rien de dénoncer les intellectuels « antisystème » supposés trop complaisants à l’égard des médias, alors que nous avons plutôt besoin de solidariser les esprits rebelles, dans le respect des différences qui les divisent autant que des principes qui les rassemblent.
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La situation est d’autant plus grave que l’épuration des médias semble s’être récemment accélérée. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron, les têtes tombent les unes après les autres. Les journalistes « antisystème » ne pèseront bientôt plus rien : l’émission de Frédéric Taddei est interrompue ; Natacha Polony est simultanément virée d’Europe 1 et de Paris Première, Jean-Paul Brighelli du Point. À qui le tour ? Le fossé entre mondialistes et protectionnistes ne se creuse pas seulement d’un point de vue sociologique, mais aussi intellectuel. Deux France coexistent, et cohabitent de plus en plus difficilement.


L’heure est aux alliances

Les mondialistes entendent s’approprier l’intégralité de l’espace médiatique disponible, d’autant qu’ils jouissent des faveurs du pouvoir – sans compter qu’une poignée de milliardaires se trouvent désormais à la tête de la quasi-totalité du parc journalistique hexagonal. Face à eux, les intellectuels « antisystème » risquent d’être renvoyés à la marge. Mais cela signifie également que les marges s’élargiront bientôt, en les accueillant. Une recomposition est en train de s’opérer. Personne n’y perdra son âme. Chacun conservera ses spécificités. Il y aura encore du sens à être de gauche ou de droite, fédéraliste ou républicain, écologiste ou productiviste, païen ou chrétien. En revanche, notre ennemi principal sera de plus en plus clairement désigné. L’ennemi, comme le souligne Jean-Claude Michéa, c’est le grand capital mondialisé, la finance aveugle et la dérégulation des flux. Un axe souverainiste pluriel commence à se dessiner sur cette base. De nouvelles alternatives sont sur le point d’émerger.

Ces idées communes trouveront un large écho auprès d’une population qui reste dans sa majorité réfractaire à la politique du CAC40. L’embellie macronienne ne peut tromper personne. Le peuple est désemparé, il ne sait plus vers qui se tourner. Nombre de citoyens cherchent tout simplement une voie crédible pour rendre leur colère constructive. Dès lors, des médias alternatifs parviendront à se mettre en place, comme c’est déjà le cas avec les webTV. L’arme des non-conformistes du XXIe siècle sera le réseau ; et il nous faudra être plus solidaires que jamais pour que la subversion y gagne du terrain. De cette capacité d’entente et de dialogue dépendra notre efficacité à tous. Divisés, nous sombrerons dans le silence ; rassemblés, nous serons entendus. Le purisme, durant les décennies qui viennent, sera le pire obstacle à la liberté. Nous ne devrons par conséquent ni nous trahir nous-mêmes, ni nous recroqueviller comme des hérissons. L’heure est aux alliances.

Thibault Isabel
Source : blog Eléments

Natacha Polony parle du livre de Thibault Isabel sur Proudhon



Natacha Polony parle du livre de Thibault Isabel sur Proudhon
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«Quiconque essaye aujourd’hui de remettre en cause les dogmes néolibéraux se voit systématiquement renvoyé à un schéma d’opposition entre libéralisme et communisme. Il n’y a rien nous dit-on entre le monde actuel, c’est-à-dire le libre-échange absolu, et l’Union soviétique, c’est-à-dire le collectivisme. On retrouve là le pendant du vieux binôme «ouverture-fermeture». Sauf qu’il devient du coup intéressant d’aller chercher du côté des figures du socialisme non marxiste, c’est-à-dire de ceux qui portent une alternative véritable. Et c’est pour cette raison que le livre de Thibault Isabel (qui est philosophe et historien des civilisations, rédacteur en chef de la revue Krisis) est très intéressant. Il s’agit d’une biographie en forme de réflexion autour de la pensée de Pierre-JosephProudhon, L’anarchie sans le désordre, ouvrage préfacé d’ailleurs par Michel Onfray, qui se réfère lui-même à Proudhon depuis longtemps. Thibault Isabel défend l’idée d’une démocratie fédérale que Proudhon appelait « anarchie » et qui n’a rien à voir avec l’absence de régulation ou la loi de la jungle. En fait, Proudhon s’appuie sur des individus autonomes. Il se tient du côté des communes plutôt que de l’État jacobin, c’est-à-dire le contraire de ce marxisme ultracentralisé qui va lui faire concurrence. Voilà pourquoi Proudhon a été systématiquement caricaturé par Marx et ses disciples. Il ressort de tout cela une réflexion profondément actuelle. Par exemple sur la critique du libre-échange, sur le protectionnisme, sur la différence entre l’anarchisme proudhonien et le libertarisme des utopistes américains de la Silicon Valley, sur l’enracinement dans la terre et le lien à l’environnement, développements absolument passionnants qu’on ne soupçonnerait pas, et qu’on trouve pourtant ancrés dans la réflexion de Proudhon. N’oublions pas non plus les développements sur l’économie mutuelliste, c’est-à-dire tout ce qui peut recréer et ressouder les liens de solidarité entre les ouvriers. C’est là un véritable programme politique, en fait, qui démontre que le fameux TINA («There is no alternative») brandi par Margaret Thatcher en son temps, et brandi aujourd’hui par les néolibéraux, ne tient pas une seconde!»

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Natacha Polony recommande cette semaine Pierre-Joseph Proudhon, l'Anarchie sans le désordre, paru aux éditions Autrement, un ouvrage de Thibault Isabel.





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L’anarchisme comme alternative pour échapper aux vieilles lunes


Edouard Chanot  - Sputnik News

La France bouillonne aujourd’hui, politiquement et intellectuellement. Les institutions semblent acquises à Emmanuel Macron… serait-ce une incitation à l’anarchisme?

Demain, chers auditeurs, sera-t-il anarchiste ? Je m'explique… Emmanuel Macron, élu par défaut, s'impose maintenant, un mois plus tard, dans les esprits. Il devrait remporter haut la main les législatives, et compter sur une majorité absolue, sans même d'ailleurs compter les défections tout aussi probables chez Les Républicains.
Pierre-Joseph Proudhon Thibault Isabel éditions Autrement
Les institutions politiques, médiatiques aussi, seront donc, presque sans exception, En Marche… Alors à partir de là, où trouverons-nous une opposition ? C'est ce contexte étrange qui pourrait servir une idéologie jusque-là marginale mais qui pourrait bien faire de nouveau parler d'elle.
En tout cas, notre invité du jour plaide pour un renouveau anarchiste, et plus précisément pour le renouveau d'une pensée anarchiste, peut-être la plus connue de tous bien qu'elle soit retombée dans l'oubli, celle de Pierre-Joseph Proudhon. Thibault Isabel est le Rédacteur en chef de la revue Krisis, et vient de publier chez l'essai Pierre-Joseph Proudhon, l'anarchie sans le désordre, essai d'ailleurs préfacé par Michel Onfray (Autrement, 2017).


Extraits :
« Nous nous retrouvons aujourd'hui face à un néolibéralisme omnipotent, sans alternative véritable pour s'y opposer. Il n'y a pas d'alternative vivante aujourd'hui. Nous oublions qu'avant la domination de Marx, c'est Proudhon qui était la figure de proue des intellectuels contestataires, en France, en Europe, dans le monde. En revenir à Proudhon, c'est redécouvrir une manière de s'opposer au libéralisme qui n'est ni socialisme ni communisme. »
Anarchistes et conservateurs
« Il faut savoir que le terme libertaire a été créé dans une polémique contre Proudhon. [On] reprochait à Proudhon d'être trop conservateur. L'anarchisme à l' origine était une doctrine profondément imprégnée de conservatisme. Ce dernier à l'époque défendait des idées très proches de l'anarchisme. On pourrait presque dire que c'étaient les deux pôles d'une même famille de pensée, un peu comme on dirait aujourd'hui que la social-démocratie et le communisme appartenaient à une même famille, avec certains plus radicaux que d'autres (…) Proudhon était sans doute plus révolutionnaire que ne l'était Tocqueville mais très honnêtement leur idéologie, sur le fond, était exactement la même… »
Ni Etat ni marché
« Nous sommes confrontés à un certain nombre de crises, crise de l'état par celle de la dette, et on assiste aussi à une crise du capitalisme. Dans ce contexte-là, la vie quotidienne des Français va se dégrader au fil des années si nous ne mettons pas en place des alternatives. Le système des mutuelles et des associations de Proudhon peut nous guider. (…) Proudhon considérait qu'il y avait deux manières de perdre sa liberté : on pouvait perdre sa liberté à cause d'une bureaucratie étatique centralisée et quasi dictatoriale, et au plan économique, quand on voit se développer de très grandes entreprises. Celles-ci mettent en place une bureaucratie identique à celle des grands Etats centralisés. Proudhon pensait qu'il fallait rejeter le grand Etat et le grand capital au nom du petit Etat et du petit capital. »
Les vieilles lunes
« Quand on sort des sentiers battus, on est attaqué. C'est dommage, nous avons besoin de rénover notre logiciel si nous voulons adapter la pensée politique alternative aux réalités de notre temps, et Proudhon peut nous y aider. »

Pierre-Joseph Proudhon éditions Autrement
Pierre-Joseph Proudhon. L'anarchie sans le désordre. Editions Autrement. En vente sur Krisis Diffusion




Pierre-Joseph Proudhon.Thibault Isabel, Michel Onfray, éditions autrementLe philosophe historien retrace la pensée politique de Pierre-Joseph Proudhon, anticapitaliste déterminé prônant une forme de démocratie libérale qu'il nomme anarchie.


  • Titre : Pierre-Joseph Proudhon. L'anarchie sans le désordre
  • Préface : Michel Onfray
  • Format : Broché
  • EAN 13 : 9782746745452
  • ISBN : 978-2-7467-4545-2
  • Éditeur : Autrement
  • Collection : Unversités populaires & Cie
  • Nombre de pages : 208
  • Dimensions : 20 x 12 cm
  • Date de parution : 31 mai 2017
  • Prix public : 18,50 euros


Ouvrage disponible sur Krisis Diffusion et Eléments
Dédicace possible : à demander ici


La nébuleuse antilibérale a été dominée tout au long du XXe siècle par l’idéologie communiste. On oublie pourtant que Pierre-Joseph Proudhon fut autrefois la tête de proue des milieux contestataires, lorsque Karl Marx était encore considéré comme un philosophe marginal. 

Bien que farouchement opposé au capitalisme, Proudhon refusait le sectarisme doctrinal et la dictature prolétarienne. Il prônait une forme de démocratie fédérale qu’il nommait « anarchie », afin de rendre le pouvoir au peuple et d’abolir le salariat. Fier de ses origines provinciales, il voulait restaurer l’autonomie des communes contre l’État jacobin. Épris de justice, il voulait mettre un terme au règne de la finance et de la grande industrie. 

Presque trente après la chute du mur de Berlin, sa pensée retrouve une seconde jeunesse ; en pleine vague de mondialisation néolibérale, elle dessine de nouvelles alternatives pour demain. 


"Formidable introduction à la pensée, à l’homme et à l’héritage intellectuel d’un philosophe pas comme les autres" Editions Autrement


Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement



Thibault Isabel - Michel Onfray : Proudhon, l'anarchie sans le désordre : vidéo de la conférence colloque Proudhon


Thibault Isabel Proudhon,l'anarchie sans le désordre







Michel Onfray, Thibault Isabel Proudhon,l'anarchie sans le désordre

Une contribution vidéo de Michel Onfray dans le cadre du colloque "Proudhon - l'anarchie sans le désordre" qui s'est tenu à Paris le 20 mai 2017 à l'occasion de la sortie du livre de Thibault Isabel.

A regarder ci-dessous.







Michel Onfray, Thibault Isabel Proudhon, l'anarchie sans le désordre
Michel Onfray sur Proudhon : extrait vidéo issu de la chaîne MichelOnfray.com



"Formidable introduction à la pensée, à l’homme et à l’héritage intellectuel d’un philosophe pas comme les autres" Editions Autrement


Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement





Pierre-Joseph Proudhon.Thibault Isabel, Michel Onfray, éditions autrementLe philosophe historien retrace la pensée politique de Pierre-Joseph Proudhon, anticapitaliste déterminé prônant une forme de démocratie libérale qu'il nomme anarchie.


Titre : Pierre-Joseph Proudhon. L'anarchie sans le désordre
Préface : Michel Onfray
Format : Broché
EAN 13 : 9782746745452
ISBN : 978-2-7467-4545-2
Éditeur : Autrement
Collection : Unversités populaires & Cie
Nombre de pages : 208
Dimensions : 20 x 12 cm
Date de parution : 31 mai 2017
Prix public : 18,50 euros


Ouvrage disponible sur Krisis Diffusion et Eléments
Dédicace possible : à demander ici




La nébuleuse antilibérale a été dominée tout au long du XXe siècle par l’idéologie communiste. On oublie pourtant que Pierre-Joseph Proudhon fut autrefois la tête de proue des milieux contestataires, lorsque Karl Marx était encore considéré comme un philosophe marginal. 

Bien que farouchement opposé au capitalisme, Proudhon refusait le sectarisme doctrinal et la dictature prolétarienne. Il prônait une forme de démocratie fédérale qu’il nommait « anarchie », afin de rendre le pouvoir au peuple et d’abolir le salariat. Fier de ses origines provinciales, il voulait restaurer l’autonomie des communes contre l’État jacobin. Épris de justice, il voulait mettre un terme au règne de la finance et de la grande industrie. 

Presque trente après la chute du mur de Berlin, sa pensée retrouve une seconde jeunesse ; en pleine vague de mondialisation néolibérale, elle dessine de nouvelles alternatives pour demain. 



 Pierre-Joseph Proudhon




 A lire dans revue Éléments n°166 




Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement Eléments




Pierre-Joseph Proudhon Isabel Onfray Autrement Eléments




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Pierre-Joseph Proudhon, l'anarchie sas le désordre (préfacé par Michel Onfray)
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Proudhon, Isabel, de Benoist, Onfray




À l’occasion de la sortie du livre de Thibault Isabel, Pierre-Joseph Proudhon. L’anarchie sans le désordre (préfacé par Michel Onfray), les revues Éléments et Krisis organisaient un grand colloque le samedi 20 mai à l’espace Moncassin de Paris, de 14h à 18h. Avec Alain de Benoist, Chantal Gaillard, Marc Halevy, Marc Humbert, Thibault Isabel, Michel Onfray, Roger Sue.


Krisis 47 : Paganisme ?



Comment peut-on être païen ? Cette question ne manquera pas d’étonner dans une Europe très largement christianisée, où l’adoration des dieux ne signifie plus rien et semble renvoyer à un tissu primitif de superstitions. Si l’on sondait l’opinion, gageons que nos contemporains ne verraient dans la résurgence du paganisme qu’un épiphénomène dérisoire et incompréhensible. Les mystères du Christ et de la Trinité suscitent déjà les moqueries de bien des athées, et la fréquentation des Églises subit une chute sans précédent. Pourquoi diable irait-on s’éprendre de divinités d’un autre âge ? Et pourquoi se donnerait-on la peine de prendre au sérieux les religions de l’Antiquité ?

La littérature universitaire souffre d’une méconnaissance profonde de ce courant cultuel. Nous ne comprenons même plus que des peuples civilisés aient pu prier Zeus, Athéna ou Apollon. Pendant des siècles, l’étude des religions anciennes est restée cantonnée à l’exégèse critique formulée par les historiens chrétiens, avant de passer entre les mains d’universitaires laïques qui, en dehors de quelques exceptions notables, n’ont jamais réellement cherché à saisir leur sujet de l’intérieur. L’heure est donc plus que jamais venue de reprendre avec honnêteté le déchiffrement de la théologie païenne.


paganisme Krisis 47Entretien avec Marc Halévy / Les sagesses anciennes et leurs héritiers.
Jean-François Gautier / La théogonie d’Hésiode.
Thibault Isabel / Est-il donc si absurde d’adorer des dieux?
Entretien avec Michel Maffesoli / Catholicisme et paganisme.
Diane Rivière / Le patrimoine païen au fond de l’âme postmoderne.
Philippe Forget / La Fortune, divinité de l’Occident.
Alain de Benoist  / Le massacre des Saxons païens de Verden.
Baptiste Rappin / Du paganisme à la philosophie ou la dimension chtonienne de la raison.
Falk Van Gaver / Une religion de la nature ?
Jean-François Gautier / Damascios et le néoplatonisme païen.
Entretien avec Françoise Bonardel / Un dieu à venir?
Alain Gras / La gnose, une pensée de tous les temps.
Jean Guiart / Les missionnaires occidentaux face au «paganisme» dans le Pacifique sud.
Károly Kerényi / Le texte : L’esprit de la fête dans les religions antiques (1940). 
Prix de vente : 24 euros sur Krisis Diffusion