Charles Beigbeder / Thibault Isabel - Débat "libéralisme et multiculturalisme"


Charles Beigbeder est entrepreneur et homme politique.
Thibault Isabel est philosophe et rédacteur en chef de la revue Krisis.


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PARADE-RIPOSTE
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Edouard Chanot
Brexit (227)
Le Brexit a divisé l’Angleterre et révélé des clivages politiques profonds, qui dépassent la seule Grande-Bretagne.


Libéralisme & multiculturalisme

Pour comprendre ce qui gouverne aujourd'hui les esprits et l'avenir, Sputnik News a accueilli Charles Beigbeder, entrepreneur, homme politique et auteur de l'ouvrage Charnellement de France (PG de Roux, 2016) et Thibault Isabel, philosophe et rédacteur en chef de la revue Krisis.

Etait-ce là la victoire du plus étroit des particularismes et la défaite du multiculturalisme?
Beigbeder : «Le peuple britannique, qui est un peuple fier, en a profité pour dire ‘ça suffit', c'est nous qui décidons.»
Isabel : «Ce n'est pas seulement un vote idéologique, c'est aussi un vote de classe, entre l'Angleterre périphérique et l'Angleterre des capitales. L'Europe a suivi un chemin pervers depuis plusieurs années… c'est un marqueur fort envoyé par le peuple anglais. C'est surtout un rejet d'un certain système, pas seulement économique: les populations se sentent déclassées culturellement par le pouvoir symbolique qui est entre les mains d'une coterie internationale. C'est cette coterie internationale qui est rejetée».

Le marché libéral est-il compatible avec l'enracinement?
Beigbeder : «Je pense qu'on peut être de ceux qui veulent ‘conquérir le monde' et tirer parti de la mondialisation, et qui veulent rester enracinés».
Isabel : «Créer des richesses, à quel prix? Ce qui m'ennuie dans le libéralisme, c'est le fait que le souci d'accumuler les richesses aboutit à la destruction de toutes les formes d'enracinement. Nous vivons aujourd'hui dans un monde où, à l'échelle planétaire, sont détruites par l'homogénéisation du marché».

Face au déracinement, que faire alors?
Beigbeder : «Les origines chrétiennes dans la constitution permettrait de fonder en droit la prééminence du fait culturel chrétien — et non cultuel et religieux. ‘A Rome, fais comme les Romains'!»
Isabel : «Le christianisme est une religion tard venue en France, si on reconnait l'influence du christianisme sur la culture française, il faudra reconnaître dans deux trois siècles l'influence de la religion musulmane sur la culture française, parce que le christianisme était une religion d'importation… les racines de la France sont d'une autre nature, gréco-romaine et païenne. Trouver des racines historiques communes, c'est fondamental, c'est ce qui permet de bâtir un horizon commun…»

Les lignes politiques sont aujourd'hui mouvantes. Le clivage droite-gauche est-il encore opérant?
Beigbeder : «Ce serait pratique de revenir à une vraie droite et une vraie gauche. C'est-à-dire une droite qui défendrait l'enracinement, libérale au niveau économique, contre le tout étatisme, avec un Etat recentré sur le régalien et ainsi plus efficace…»
Isabel : «Non, je suis attaché à l'idée de racines et de tradition, mais celles-ci trouvent leur pire ennemi aujourd'hui dans le libéralisme mondialisé. Je pense que nous allons assister à de nouveaux clivages. La gauche va disparaître et sera remplacée par un nouveau socialisme qui sera à la fois anticapitaliste et profondément enraciné. Et face à ce parti populaire traditionaliste et anticapitaliste, va se dresser un parti des élites, parti du libéralisme dans le domaine économique et du nomadisme dans le domaine culturel».



Libéralisme & multiculturalisme : Charles Beigbeder vs. Thibault Isabel