Krisis devient une revue trimestrielle !






Le Krisis « Sexe(s)/Genre(s) ? » est enfin disponible. C’est le moment de vous abonner !


Après de longues années de parution irrégulière, Krisis prend maintenant un nouveau départ, symbolisé par l’adoption d’une couverture en couleurs et d’un rythme de parution trimestriel. Autour d’Alain de Benoist, l’équipe de rédaction s’est largement étoffée et a professionnalisé ses infrastructures logistiques.


Le premier numéro de notre nouvelle formule vous proposera notamment des textes de Maurice Godelier (médaillé d’or du CNRS), de Nancy Huston (écrivaine féministe), d’Agnès Giard (journaliste à Causette, au Nouvel Observateur, etc.), de Jacques Balthazart (directeur émérite du GIGA neurosciences de Liège), de Jean-Paul Mialet (psychiatre), sans parler d’Alain de Benoist, d’Yves Christen et de bien d’autres auteurs.


Thibault Isabel, rédacteur en chef de la revue présente la nouvelle formule: Cliquez ici pour accédez à l'émission de radio.





Frais de port offerts à partir de 40 euros d'achat.

Krisis Sexe(s)?/Genre(s)? est inclus dans l'Abonnement Découverte. 
PRIX: 88 euros TTC, frais de port toutes destinations compris.


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Krisis 41 : Sexe(s) ? / Genre(s) ?







Très à la mode outre-Atlantique depuis les années 1970, la question du genre s’est réellement invitée dans les débats hexagonaux à partir de 2013, lorsque Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits des femmes, voulut mettre en place son fameux «ABCD de l’égalité». Il s’agissait pour elle d’expérimenter dans les écoles un programme de lutte contre le sexisme et les stéréotypes de genre. L’idée générale était d’éduquer à l’égalité et au respect entre les filles et les garçons.

Si personne ne songe évidemment à contester l’importance d’une meilleure entente entre les sexes, ou même d’une plus grande équité à l’égard des femmes, les critiques n’en ont pas moins rapidement fusé contre cette mesure ministérielle, y compris à gauche : Sylviane Agacinski et Michel Onfray, parmi beaucoup d’autres, se sont opposés à certains excès des «théories du genre». La plupart des intellectuels qui critiquent ces théories acceptent tout à fait l’idée que nous suivons partiellement des codes de genre (masculins ou féminins), sous la pression du contexte socio-culturel dans lequel nous baignons. Mais cela n’implique pas que nous soyons hommes ou femmes par pur conditionnement social ; et la place de l’inné dans la prise en compte du phénomène humain devrait être au contraire réhabilitée.

Le public français n’a découvert les études de genre qu’assez tard et continue d’en avoir une connaissance approximative. Même le monde universitaire s’est montré plutôt indifférent, en comparaison de la déferlante des «gender studies» anglo-saxonnes. Qu’elle que soit l’opinion portée sur ce champ disciplinaire, une telle méconnaissance reste dommageable, dans la mesure où l’on ne peut cautionner ou réfuter avec intelligence que ce que l’on comprend. Les textes proposés dans ce numéro de Krisis tentent donc d’aborder avec nuance ces différentes problématiques, qui méritent bien sûr d’être traitées d’une manière précise et honnête, loin des emportements partisans de toute sorte.


SOMMAIRE:

KRISIS n° 41
Sexe(s) ? / Genre(s) ?



Maurice Godelier / De la différence entre le masculin et le féminin et entre l’homme et la femme.

Nancy Huston / Hommes en désarroi.

Alain de Benoist / Les femmes selon Raymond Abellio.

Entretien avec Jean-Paul Mialet / Le déni des différences sexuelles et ses conséquences sociales.

David L’Epée / La performance de genre : une parodie sans modèle.


Yves Christen / Une guerre des sexes dans le cerveau.

Jacques Balthazard L’orientation sexuelle est aussi une affaire de biologie.

Thibault Isabel Le sexe exclut-il le genre ? Réflexion sur l’inné et l’acquis dans l’identité homosexuelle.

Yves Ferroul Femmes et sexualités dans le bassin méditerranéen.

Entretien avec Agnès Giard / Le sexe au Japon.

Thibault Isabel Le problème de la séparation des sexes à travers l’histoire. Hommes et femmes doivent-ils être complémentaires ou semblables ?

Michel Lhomme / L’androgyne.

Le texte : Mircea Eliade / Dieu-le-Père, Terre-Mère et hiérogamie cosmique. (1957)

Françoise Bonardel La crise de l’identité culturelle européenne.



Numéro en vente 24 euros sur Krisis Diffusion 
Les frais de port sont offerts à partir de 40 euros d'achat sur le site.





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Lasch ou le monde fantastique des biens de consommation







Les effets psychologiques du consumérisme ne peuvent être correctement appréhendés que si l’on comprend à quel point la consommation est au fond le prolongement de la routinisation du travail industriel. A force de s’astreindre à une pénible autoévaluation, de se soumettre au jugement des experts et de douter de leurs propres capacités à émettre des décisions intelligentes, que ce soit comme producteurs ou comme consommateurs, les individus en viennent à se percevoir d’une façon tout à fait différente, eux et le monde qui les entoure. Cette situation encourage une nouvelle forme de conscience de soi, qui n’a rien à voir avec l’introspection véritable. 


Que ce soit comme travailleur ou comme consommateur, l’individu apprend non seulement à se mesurer aux autres, mais aussi à se voir à travers leurs yeux. Il apprend que l’image de lui-même qu’il projette compte davantage que les compétences et l’expérience accumulées. Puisqu’il est jugé par ses collègues et ses supérieurs au travail, et par les étrangers dans la rue, en fonction de ses possessions, de son style vestimentaire et de sa « personnalité » – et non pas, comme au XIXe siècle, en fonction de sa force de caractère –, il adopte un point de vue théâtral sur sa propre « performance », dans le travail et au dehors. 



Bien sûr, une incompétence patente continue à peser lourd contre lui sur les chantiers, de la même façon que ses actions concrètes en tant qu’ami ou voisin pèsent souvent davantage que son aptitude à faire bonne impression. Mais les conditions d’interaction sociale de la vie de tous les jours, dans des sociétés basées sur la production et la consommation de masse, confèrent une importance sans précédent aux impressions et aux images superficielles, au point que le soi devient presque indissociable de sa surface. Les contours de la psyché et la stabilité de l’identité personnelle deviennent problématiques, dans de telles sociétés, comme on peut facilement le voir avec la prolifération des commentaires psychiatriques et sociologiques dans ce domaine. Quand les personnes se plaignent de manquer d’authenticité ou se rebellent contre le fait de devoir « jouer un rôle », elles attestent de la pression qui les pousse actuellement à se voir elles-mêmes à travers les yeux d’étrangers et à modeler leur soi comme un produit parmi d’autres offert à la consommation sur un marché dérégulé. 


La production de biens de consommations et le consumérisme n’altèrent pas seulement la perception de notre soi, mais aussi celle du monde autour de nous. Ces phénomènes créent un monde de miroirs, d’images sans substance, d’illusions de plus en plus difficiles à distinguer de la réalité. L’effet de miroir fait du sujet un objet ; dans le même temps, il fait du monde des objets une extension ou une projection du soi. On a tort de définir la culture de la consommation comme une culture dominée par les choses. Ce n’est pas tant que le consommateur vit entouré de choses ; il est plutôt cerné par les fantasmes. Il vit dans un monde qui n’a pas d’existence objective ou indépendante, et qui semble n’exister que pour combler ou contrecarrer ses désirs.


Texte de Christopher Lasch
Traduction de Thibault ISABEL






Individu et collectivité

LA DIALECTIQUE DE L'INDIVIDUEL ET DU COLLECTIF
LA POLITIQUE COMME MODE D' ARTICULATION DE L'UN ET DU MULTIPLE.

La dialectique proudhonienne n’est pas sans similitudes avec l’idée de juste milieu telle qu’on la retrouve chez Aristote, ou mieux encore chez Héraclite, Kong et presque tous les penseurs de l’Antiquité archaïque, notamment présocratique et chinoise.
Chez Aristote, en effet, le juste milieu s’organise autour d’une conception ontologique figée, où l’on considère que les extrêmes sont dotés d’une essence statique. Dans la pensée présocratique grecque, ou dans la pensée chinoise traditionnelle, les extrêmes apparaissent au contraire comme les polarités mouvantes d’une réalité elle-même contradictoire et dynamique, et le juste milieu n’est rien de plus qu’un équilibre précaire entre ces opposés.
Pour Proudhon un sain équilibrage social doit, entre autres, consister à équilibrer l’Un et le Multiple, à faire en sorte que ni l’un ni l’autre ne domine exclusivement.

Un article à lire dans le Paradoxe de la civilisation (cliquez sur la photo pour plus d'informations sur cet ouvrage):
Cinquième Partie – La politique comme mode d’articulation de l’Un et du Multiple
Essai X. – La dialectique de l’individuel et du collectif dans l’œuvre de Proudhon






Les Idées à l'Endroi n°9: Proudhon - TV Libertés
Emission du 2 juin 2016 avec Michel Onfray, Alain de Benoist et Thibault Isabel




 Emission dur Proudhon avec Michel Onfray, Alain de Benoist, Thibault Isabel. Les Idées à l'endroit °9. TV Libertés - 2 juin 2016
Les Idées à l'Endroit n°9 : Proudhon - TV Libertés - 2 juin 2016
Michel Onfray, Alain de Benoist, Thibault Isabel, Olivier François



Pierre-Joseph Proudhon, un portrait politique

Emission du Cercle henri Lagrange avec Thibault Isabel



 Pierre-Joseph Proudhon, Thibault Isabel (durée 1H20)
Pierre-Joseph Proudhon, Thibault Isabel (Cercle Henri Lagrange, durée 1H20)

Barbarie et Civilisation




Editions de la Méduse : La 3e édition (revue et corrigée) du «Paradoxe de la civilisation» vient de paraître. Vous avez affirmé par le passé que ce livre était votre ouvrage le plus important. En quoi ce livre compte-t-il autant à vos yeux ?

Thibault Isabel : De tous les ouvrages que j’ai publiés à ce jour, c’est en effet celui qui me tient le plus à cœur. Je crois que mes idées centrales s’y trouvent exprimées sous une forme particulièrement originale et aboutie. A l’époque de la sortie du livre, personne n’avait été réellement attentif à sa dimension politique et religieuse. Pourtant, c’est le seul ouvrage dans lequel je pense avoir réellement dévoilé mes opinions générales dans ces deux domaines. Mes autres textes proposent essentiellement des analyses critiques du monde contemporain, et réhabilitent certains courants d’idées comme le populisme agrarien du XIXe siècle. Mais c’est dans «Le paradoxe de la civilisation» que j’expose le plus précisément les valeurs auxquelles je crois.


Editions de La Méduse : Comment résumeriez-vous l’ouvrage ?

Thibault Isabel : Je tente de montrer qu’à l’époque de l’Antiquité païenne, les gens concevaient le «processus de civilisation» d’une manière tout à fait différente d’aujourd’hui. A mes yeux, cette conception antique, directement héritée du paganisme, n’a été sérieusement réhabilitée au cours des derniers siècles que dans la philosophie nietzschéenne et l’anarchisme proudhonien.


Editions de la Méduse : Dans «Le paradoxe de la civilisation», vous parlez beaucoup de la Grèce et de la Chine antiques. Qu’est-ce que les hommes modernes peuvent aujourd’hui tirer de l’étude de ces peuples ?

Thibault Isabel : Les anciens n’avaient pas la violence en horreur, comme c’est au contraire devenu le cas à notre époque. Cela ne veut pas dire que les gens de l’Antiquité étaient toujours démesurément violents. Les sages considéraient même au contraire que la violence devait être sublimée, c’est-à-dire qu’il fallait lui donner des formes plus subtiles et moins brutales qu’à l’état naturel : la délibération politique ou la créativité artistique constituent deux exemples très clairs de sublimation de la violence. 


Editions de la Méduse : En quoi les civilisations anciennes se distinguaient-elles donc des civilisations modernes ?

Thibault Isabel : Les civilisations anciennes n’avaient pas peur de la violence, même si elles nous demandaient d’exprimer nos pulsions violentes d’une manière spirituelle et contrôlée. A l’époque moderne, en revanche, la civilisation tente purement et simplement d’éradiquer toute violence, à travers la rigidification des mœurs et le totalitarisme de la pensée : c’est pourquoi nous vivons dans une société de plus en plus aseptisée, vouée au conformisme, à l’hygiénisme et à l’hypocrisie. Nous avons perdu toute franchise dans les rapports humains ; nous n’avons plus le goût de la lutte et de la camaraderie, du combat pour des convictions, de l’idéalisme politique ; nous sommes résignés.


Editions de la Méduse : Dans «Le paradoxe de la civilisation», vous vous faîtes le chantre d’une sorte d’«anarchisme conservateur»…

Thibault Isabel : En effet. L’expression peut surprendre, mais je crois que l’anarchisme originel n’avait rien de libertaire, et qu’il s’agissait au contraire d’une idéologie conservatrice.


Editions de La Méduse : En quoi consistent donc les idées d’un «anarchiste conservateur» ?

Thibault Isabel : Aujourd’hui, à l’époque moderne, nous attendons tout d’un Etat omnipotent et omniscient, au lieu de prendre en charge nous-mêmes notre destin. J’accorde donc beaucoup d’importance à Pierre-Joseph Proudhon et Georges Sorel, deux grandes figures de l’anarchisme français. C’est en luttant pour notre autonomie d’êtres humains, à la fois contre l’aliénation par le marché et l’aliénation par l’Etat, que nous pourrons reconquérir notre dignité, notre vertu et notre ferveur spirituelle. Mais il faut bien comprendre que les visées originelles de l’anarchisme ont toujours été profondément morales : c’est précisément au nom de la morale (et souvent aussi d’une forme non institutionnelle de religion) que les anarchistes s’opposaient aux lois et à l’Etat policier. L’anarchiste, à travers le conflit social, recherche un enrichissement moral de lui-même, et l’approfondissement de ses liens avec ses camarades, au nom du bien commun.


Editions de la Méduse : En quoi votre livre «Le paradoxe de la civilisation» est-il un ouvrage païen?

Thibault Isabel : C’est la religion païenne qui sous-tendait toute la vision du monde de l’Antiquité. Je consacre de nombreuses pages de mon livre à l’étude de ces religions antiques, que ce soit sous leur forme rituelle, mythologique ou sociale (comme à travers un essai sur les rapports entre sport et religion au fil des siècles, ou encore une longue évocation d’un des plus grands sages chinois païens, Maître Xun). Les pages que je consacre à l’anarchisme français évoquent elles aussi la question du paganisme. D’une certaine façon, je pense que Proudhon était païen sans le savoir, même s’il se croyait parfois chrétien, notamment à la fin de sa vie. J’aurais pu évoquer aussi la figure de Louis Ménard, qui était à la fois un anarchiste proudhonien et un des grands promoteurs en France du recours au paganisme.


Les éditions de La Méduse : En définitive, quel est donc le «paradoxe de la civilisation» ?

Thibault Isabel : Le paradoxe de la civilisation, c’est qu’elle tente d’instaurer l’harmonie à partir d’un irréductible fonds belliqueux. L’homme est un animal violent. Grâce à la civilisation, nous apprenons à policer cette violence pour pouvoir vivre avec nos semblables ; mais, si nous éliminons toute violence à l’intérieur de nous-mêmes, nous cessons d’être humains. Notre violence fondamentale nous pousse certes à nous échauffer, c’est-à-dire à nous « mettre en colère », mais elle nous pousse aussi à éprouver de la chaleur pour les autres, c’est-à-dire de l’amour. La civilisation ne doit pas éradiquer nos émotions, mais les entretenir sous une forme adulte. Sans quoi, nous vivrons pour toujours sous le règne du nihilisme et du dernier homme.




Le paradoxe de la civilisation: nouvelle édition, revue et corrigée !

Communiqué des Editions de la Méduse

Vous pouvez désormais vous procurer « Le paradoxe de la civilisation », l’ouvrage le plus important de Thibault Isabel, dans une nouvelle édition revue et corrigée.

Un véritable gouffre sépare le monde traditionnel du monde moderne. Les principes sur lesquels reposaient les civilisations antiques n’avaient rien à voir avec les valeurs du monde d’aujourd’hui. Tous ceux qui entendent critiquer les fondements de la modernité doivent absolument lire ce livre !

Thibault Isabel nous offre ici les clés indispensables pour mieux comprendre les idées, les mœurs et les opinions des gens de l’Antiquité. Avec une grande érudition, il nous introduit à la pensée des grands maîtres confucéens et des vieux sages grecs, mais nous montre aussi en quoi leur vision du monde a été transmise à la tradition philosophique nietzschéenne et au socialisme français du XIXe siècle.

> Le paradoxe de la civilisation, Editions de la Méduse, 469 p., 21 euros




Vous pouvez commander la nouvelle édition de cet ouvrage :




Article:

La violence civilisée et celle qui ne l’est pas, entretien avec Thibault ISABEL.
Eléments N°137 : Les banlieues malades de la France





Au sommaire du numéro:



Du fait de l’immigration, le problème des banlieues se ramène pour la droite à un problème ethnique, pour la gauche à un problème social. La vérité est que les deux aspects sont indissociables, mais surtout que le phénomène des banlieues va bien au-delà. 


• De la ville-machine à la ville-réseau, par Pierre Le Vigan
• Quand la ville se défait
• Ghetto et violences urbaines
• Pathologie des grands ensembles
• Le point de vue d’un criminologue, entretien avec Xavier Raufer

Et aussi…
• Un fonds culturel patrimonial, la chronique de Frédéric Guchemand
• Giovanni Papini l’éternel excommunié, par Jean-Charles Personne
• Science-fiction : le chef-d’œuvre de Fassbinder, par Ludovic Maubreuil
• La violence civilisée et celle qui ne l’est pas, entretien avec Thibault Isabel
• Sauver la planète… et répandre le cancer, par Flora Montcorbier et Robin Turgis
• Mort et résurrection de Léon Tolstoï, par François Bousquet
• J’ai 23 ans et je lis Éléments, par Mathieu Le Bohec









Sommaire de l'ouvrage :


Introduction

Première Partie – Le lien social dans ses rapports avec le désir d’agression

Essai I. – Naturalité et culturalité de la violence

Essai II. – Violence et civilisation

Deuxième Partie – La moralisation du comportement en Chine ancienne

Essai III. – Guerre, justice et pouvoir dans la Chine archaïque et classique

Essai IV. – Le devoir confucéen de vendetta

Essai V. – La civilisation progressive des mœurs dans la pensée de Maître Xun

Troisième Partie – Hommes et femmes, piliers de la civilisation

Essai VI. – La guerre des sexes, entre paternalisme et maternage

Essai VII. – Domination masculine et résistance du féminin : les sphères publique et privée à travers les âges

Quatrième Partie – L’héroïsme tragique : un horizon pour surmonter l’absurde

Essai VIII. – Jacob Burckhardt, penseur de la civilisation

Essai IX. – Le sport, de l’Antiquité à nos jours : métamorphoses et permanence de l’homme agonal

Cinquième Partie – La politique comme mode d’articulation de l’Un et du Multiple

Essai X. – La dialectique de l’individuel et du collectif dans l’œuvre de Proudhon

Essai XI. – Militarisme et patriotisme chez les socialistes français du XIXe siècle :
la promotion d'un internationalisme vitaliste et enraciné     

Essai XII. – Georges Sorel et la morale révolutionnaire : une étude des réflexions sur la violence (1908)


CONFERENCE A PARIS LE 06 MAI : "Nihilisme, mal de vivre et crise de la modernité"



Chaque fois qu’un peuple fait sa révolution industrielle et se modernise, il sombre dans un nihilisme de masse, comme en témoigne alors l’explosion des courbes statistiques du suicide et de la dépression.

Pourquoi l’entrée dans la modernité s’accompagne-t-elle visiblement toujours de la généralisation du spleen et du mal-être ? En quoi les modes de vie actuels sont-ils susceptibles d’entretenir cet état de déprime ? L’individualisme et la solitude, qui sont désormais le lot quotidien de milliards d’individus à travers le monde, ne forment-ils pas en définitive les contours d’un nouveau mal du siècle ? 

Nietzsche, Durkheim et quelques autres nous aideront à éclairer ces questions. Face à la crise existentielle qui touche toutes les grandes sociétés capitalistes, l’heure est venue de remettre en cause certains des principes mêmes qui fondent la modernité…




Mercredi 6 mai 2015 à 18h30

Ecole des Mines, 60 boulevard Saint-Michel 

Paris, 6e arrondissement

Amphithéâtre L109








AMPHITHEATRE L109





Si vous souhaitez y participer, merci de bien vouloir envoyer un mail à 
l'association OURAL qui organise l'événement: "oural.mines@gmail.com".

Il suffit d' indiquer le nombre de personnes pour lesquelles vous réservez une place.









POUR SE RENDRE A l'ECOLE DES MINES 





Stations VELIB' N° 5003, 9 rue le goff / N° 5005, 27 rue gay lussac / N° 5010, 1 rue henri barbusse






Excalibur : Enjeux psychologiques d'un film néo-païen (2e partie de l'analyse)



Excalibur




John Boorman aborde dans Excalibur (1981) le problème cher à son cœur de la civilisation. Comment être civilisé ? Qu’implique pour un homme le fait d’appartenir à une culture ? Le cinéaste s’interroge ce faisant sur le degré d’élaboration psychique des personnes et des peuples : être civilisé semble en effet consister pour lui à devenir adulte. L’enfant est un barbare. Son univers est peuplé de fantasmes qui l’empêchent d’être véritablement en contact avec le monde.


La production est assez fidèle à Le Morte d’Arthur, de Sir Thomas Malory, qui donne de la geste arthurienne une vision beaucoup plus épique et merveilleuse que Chrétien de Troyes et la tradition littéraire française. On passe en revue les grands événements de la vie du Roi des rois, qui unifia des terres innombrables sous sa bannière avant de mourir au cours d’une illustre bataille qui vit la fin des che­valiers de la table ronde et l’entrée dans une nouvelle ère, vouée à l’oubli de l’idéal chevaleresque. On retrouve dans le film les thèmes de l’héroïsme, de la morale et de l’ambivalence du monde ; mais c’est aussi de manière très évocatrice à la réappropriation mature d’une virilité perdue que nous sommes invités par le ciné­aste.


Je propose dans cette deuxième partie de nous intéresser au personnage d'Uther, futur père d’Arthur. Il s'agira de définir les enjeux psychologiques qui se dessinent autour de ce puissant roi qui mène une guerre pour pacifier les régions entourant son fief. Bien que chrétien, il est conseillé par Merlin, druide sage et savant capable d’appeler à lui les forces de la nature, vénérées par les païens.


Thibault Isabel Sciences Humaines

Thibault Isabel Sciences Humaines
Thibault Isabel Sciences Humaines
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Uther ou le mauvais chevalier



Les premières paroles d’Uther attestent de sa puérilité. Il vient de remporter une bataille et, tout à son exaltation, ordonne qu’on lui confie enfin la garde d’Excalibur :

Uther  « Je suis le plus fort, je suis l’Elu. L’épée, Merlin, tu m’as promis l’épée. »
Merlin (sur le ton de la réprimande)  « Tu vas l’avoir, comme je te l’ai promis. Mais pour guérir, non pour guerroyer. Demain sera jour de trêve, retrouvons-nous à la rivière. »
Uther (impatient)  « Ce ne sont que des mots, Merlin. Laisse les mots aux amants. Il me faut une épée pour être roi. »

Uther manque de grandeur d’âme. Il ne fait pas la guerre pour unifier les peuples mais pour le plaisir de se battre. Et il ne veut pas Excalibur pour accomplir sa noble tâche, mais par désir de toute-puissance.

Les autres seigneurs sont à son image. Pour les convaincre de devenir les vassaux d’Uther, Merlin les appâte avec un discours infantile, qu’il prononce cyniquement, dans l’intention claire de les mani­puler : il y vante les pouvoirs miraculeux d’Excalibur, qui vient d’être remise au roi. Uther est ainsi présenté comme un chevalier infaillible : érigé en objet-soi idéalisé grâce à son épée/phallus, le sot déchaîne la passion des guerriers, qui rêvent symboliquement de fusionner avec lui.

Le roi, entre autres défauts, est possessif : il ne se soucie pas de ce qu’il est (dans l’ordre de la joie), mais de ce qu’il possède (dans l’ordre du plaisir). Il refuse de céder des terres au duc de Cor­nouailles pour obtenir son allégeance. Il veut simplement des vas­saux par orgueil et n’est pas prêt à consentir le moindre sacrifice pour cela.

Son attachement aux biens matériels ne s’arrête évidem­ment pas là : un peu plus tard, il tombe « amoureux » d’Igrayne, l’épouse du duc. La jeune femme danse au cours d’un banquet, et son mari proclame avec vanité : « Tu es peut-être le roi, Uther, mais ta reine, quelle qu’elle soit, ne pourra jamais égaler sa beauté. » Cela suffit pour piquer au vif le seigneur. « Il me la faut ! », lance-t-il pour lui-même. L’accélération du rythme de la musique, l’assistance qui tape du poing sur la table, de plus en plus fort, pour accom­pagner les musiciens, de même que le regard fou du personnage, suggèrent alors qu’il est pris de frénésie et que, comme un enfant, il n’aura désormais de répit tant que l’objet de sa convoitise ne lui appartiendra pas. Tous ses caprices doivent être satisfaits. Et le premier de ces caprices est précisément de s’ap­proprier la femme d’un autre (de dérober la mère symbolique).

Aussi Uther déclare-t-il bientôt la guerre au duc de Cornou­ailles, afin d’enlever Igrayne. Lorsque Merlin revient le trouver, le roi s’adresse à lui avec autorité :

Uther  « Où étais-tu ? »
Merlin  « Je vais mon chemin depuis le commencement des temps. Parfois je donne, parfois je prends. A moi de décider à qui et quand. »
Uther  « Merlin, tu dois m’aider ! »
Merlin (moqueur)  « Vraiment ? »
Uther  « Je suis ton roi ! »
Merlin  « Ainsi, tu as de nouveau besoin de moi maintenant que ma trêve a échoué. Des années de labeur en un instant détruites. Et tout ça pour le plaisir… »
Uther (cherchant à se justifier)  « Pour Igrayne !… Une nuit avec elle… Mais tu ne peux pas comprendre, tu n’es pas un homme. Use de ta magie. Obéis ! »

Pour Uther, le duc de Cornouailles est un père maléfique qu’on peut éliminer sans remords. Inversement, le roi voit Merlin comme un père idéalisé, dont la seule fonction serait de lui transmettre sa toute-puissance en lui confiant Excalibur et en usant de sa magie (considérée d’un point de vue purement instrumental, en non comme une pratique spirituelle impliquant un rapport étroit à la nature). Or, Merlin entend faire valoir son autorité auprès du jeune homme impétueux. Il est infiniment plus âgé que son protégé et a bien plus d’expérience et de sagesse que lui. Le chevalier devrait l’écouter et être un bon fils respectueux pour acquérir lui aussi davantage de maturité et, un jour, être un bon père à son tour.

Mais il n’en est rien. Uther met finalement son plan à exécution ; il mène la guerre jusqu’à son terme, remporte la victoire (par la ruse) et fait sauvagement l’amour à Igrayne, au mépris de la Loi pater­nelle ; en même temps qu’il consomme cette union, on nous mon­tre en montage parallèle le duc de Cornouailles périssant au com­bat. Aimer la mère revient à tuer le père. Ayant renoncé à se com­porter en adulte, Uther vivra définitivement dans le monde régressif du plaisir, étranger à l’ordre symbolique de la joie, au sens, à l’impor­tance de sa mission. Une fois marié à celle qu’il désirait, il dira vou­loir rester à jamais auprès d’elle et renoncer aux batailles. Mais Mer­lin reviendra pour lui rappeler que faire la guerre, pour l’Elu, est un devoir. Sa destinée est de pacifier les terres environnantes. En se targuant d’être le Pendragon (le « Roi des rois »), Uther ne voyait qu’une gratification ; mais être requis pour une noble quête est un sacerdoce, comparable à celui d’un prêtre. Un individu « élu » par les dieux devrait normalement être prêt à sacrifier sa vie personnelle, si besoin était, afin de remplir sa mission.

Le druide, conscient de la faiblesse du roi, s’emparera de son en­fant, Arthur, et le confiera à un brave seigneur qui en assurera l’édu­cation. Uther, lui, mourra tué par les sbires du duc de Cornouailles, pressés de se venger (et c’est au cours de l’affrontement que l’épée du pouvoir sera plan­tée dans un rocher) : lorsque l’ordre symbolique a été forclos, il risque fort de venir réclamer réparation. On ne peut vivre parmi des fantasmes sans avoir à souffrir ensuite de graves ré­per­cussions. Le père ne peut être impudemment éliminé.

Le film rappelle ainsi que la forclusion du tragique de la vie – et des limites que ce tragique nous impose – entraîne souvent en retour une confrontation forcée à la part du réel que nous avons voulu dénier (de même qu’un homme qui se croirait pathologi­que­ment capable de voler chuterait dramatiquement en se lançant du haut d’un ar­bre). Ici, Uther a voulu se croire tout-puissant, il a entrepris une multitude de guerres sans y réfléchir vraiment, et il meurt, victime des conséquences de ses actes : ce manque de responsabilité est en outre emblématisé symboliquement par le refus de l’Œdipe, matrice de tous les dénis du réel.



Notes: 

Pour Uther, l’arme était un présent qui lui apportait le pouvoir. Arthur, lui, a com­pris en définitive qu’elle n’était qu’une extension de lui-même : s’il ne se montre pas digne, Excalibur ne lui servira à rien. Il doit mériter l’épée : elle est le symbole de ce qu’il est, non un bien qu’il possèderait sim­plement et pour toujours. Excalibur symbolise la virilité (elle est « l’épée de mes ancêtres », dit Arthur), mais pas la toute-puissance. Le passage de la prédominance de l’avoir à celle de l’être, du plaisir à la joie, de l’égoïsme réactif à la générosité active donc, enfin, de l’infantilisme à la maturité est traitée dans la suite de l'étude de cas proposée dans La fin de siècle du cinéma américain :
Arthur et l’idéal chevaleresque
Les failles des grands hommes
La quête du Graal : un parcours intérieur
La tentation du manichéisme et le souffle romantique



Pour lire la 1ère partie de l'analyse d'Excalibur : Une vision du monde païenne, 
cliquez ici.