Les français, des anti-système frileux



Les français seraient déclinistes et en tête des pays les plus en désaccord avec leur classe politique, selon la dernière étude de l’IPSOS. Pourtant les français sont en parallèle une minorité à se dire « susceptibles » de voter pour un parti ou un candidat prêt à changer les règles. Analyse.

La fin de semaine a été particulièrement riche en meetings politiques: Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et son hologramme ou encore le déplacement de François Fillon dans les Ardennes, tous les ténors pressentis pour la dernière ligne droite à l'investiture suprême ont fait parler d'eux d'une manière ou d'une autre. Mais ont-ils lu la dernière enquête de l'IPSOS?
Une enquête menée en 2016 auprès de 16 096 personnes de 16 à 64 ans dans 22 pays riches et émergents montre un pessimisme — pas nouveau en France — notamment vis-à-vis de l'avenir de leurs enfants. Un thème, une crainte, devenue récurrente dans les sondages ces derniers temps. L'enquête montre surtout une grande défiance vis-à-vis de la classe politique et du « système ». De quoi interpeller nos ténors politiques.
À vrai dire, les candidats ne pouvaient pas, techniquement parlant, prendre connaissance de cette enquête, publiée ce lundi 6 février sur le site de l'institut de sondage. Cependant, le résultat de celle-ci n'est pas surprenant et s'inscrit dans la continuité d'études précédentes, notamment celle d'OpinionWay pour le Cevipof (le centre de recherches politique de Sciences Po) mi-janvier.
Le politologue Pascal Perrineau avait alors insisté sur un certain paradoxe du résultat de cette étude: celui de voir des français plus demandeurs de protectionnisme, tout en allant vers un libéralisme plus « assumé ».
Un positionnement étonnant que l'on retrouve dans l'étude de l'IPSOS: tant sur les questions de libéralisme et de mondialisation. Dans le cas de cette étude, 66 % des Français se prononcent en faveur d'un contrôle par l'État du prix des denrées alimentaires de base (au-delà d'une moyenne de 58 %), mais ils ne sont plus que 36 % à se prononcer en faveur de la nationalisation des ressources naturelles. Sur les questions d'immigration, si 69 % des français sont contre l'idée « qu'il serait préférable pour la France de laisser venir tous les immigrés qui le souhaitent », les français semblent en moyenne plus ouverts que leur voisins européens — moins de la moitié (40 %) des personnes interrogées dans l'hexagone estimant que la France serait « plus forte » en cas d'arrêt de l'immigration et seuls 33 % des Français (contre une moyenne de 35 %) estiment que « les immigrés prennent les emplois des citoyens français. »
En parallèle, toujours concernant l'ouverture du pays, avec l'Italie, la France fait figure d'exception à la règle de percevoir comme une opportunité l'ouverture de l'économie nationale aux entreprises étrangères, en d'autres termes, les Français sont sceptiques face à la mondialisation!
Des résultats qui sont loin d'étonner Thibault Isabel, docteur en philosophie et rédacteur en chef de la revue Krisis —Il est notamment l'auteur de l'ouvrage Le Parti de la tolérance, (Éd. La Méduse, 2014)
« De telles études ont déjà été publiées au cours des dernières années, et montrent une poussée constante du "déclinisme" dans tous les pays occidentaux. Cela s'explique évidemment par des motifs objectifs: les Occidentaux voient bien que les conditions de vie déclinent, c'est lié à une évolution structurelle du capitalisme et de la situation internationale. Les gens savent objectivement que les populations souffriront davantage — seront moins heureuses — que les générations précédentes. Les riches sont de plus en plus riches, mais il est évident que le taux de richesse et de satisfaction, de bonheur moyen de la population ordinaire, ne cesse de décroître depuis maintenant de nombreuses décennies. »
Une étude, qui n'est pas unique en son genre en somme, mais qui interpelle par son contenu détaillé. En effet, si on comprend vite que les Français sont particulièrement prompts à dénoncer leur classe politique, ils semblent en revanche beaucoup moins enclins à voter en considération de ce sentiment.
On constate par exemple que les Français s'illustrent particulièrement lorsqu'ils sont 80 % — 31 points de plus que la moyenne des 22 pays — à s'accorder sur le fait que « Pour que la situation change, nous avons besoin d'un dirigeant qui soit prêt à changer les règles du jeu ». 76 % des Français estiment par ailleurs que « les partis et hommes politiques traditionnels ne se souviennent pas des gens comme moi ».
Mais plusieurs pages plus tard, à une toute autre question, les Français passent sous la moyenne (de 4 points) des autres pays en n'étant que 40 % à se dire « susceptibles » de voter « pour un parti ou un dirigeant politique qui souhaite changer radicalement le statu quo ».
Un résultat qui interpelle également Thibault Isabel, qui souligne là un paradoxe et ce au sein même de ceux qui protestent contre la classe politique:
« Certes, la majeure partie des Français rejette leur classe politique, mais on voit que même parmi les gens qui rejettent la classe politique, il y a encore une légère majorité de personnes qui soutiennent le système mondialiste. »
Dans le contexte électoral, à qui pourrait profiter ce paradoxe? Alors que tous pointent du doigt la montée des populistes, sur fond de Brexit et d'élection de Donald Trump, faisant planer le « spectre » de la victoire de Marine Le Pen, est-ce vraiment les candidats s'affichant comme antisystème qui profiteront de ce paradoxe? Pour Thibault Isabel, la réponse est claire:
« C'est quelque chose je pense qu'Emmanuel Macron a très bien compris, parce qu'en fait, qu'est-ce qu'il fait? D'un côté, il tient un discours populiste de remise en cause du clivage Droite-Gauche et des vieilles élites politiques, mais dans le même temps il défend l'idéologie du système. »
« Je ne dis pas que les choses ne vont pas évoluer, il y a une dynamique en faveur de la remise en cause profonde du système, mais à l'heure actuelle, indéniablement, le rejet de la classe politique ne signifie pas encore qu'il y a une majorité électorale contre le mondialisme et donc l'idéologie qui a le plus de chance de prospérer en l'état actuel de l'opinion, c'est une idéologie qui serait à la fois superficiellement populiste, mais qui dans le fond resterait mondialiste. »
Comment expliquer un tel paradoxe? Surtout que les exemples ne manquent pas. L'étude révèle que les Français sont notamment les plus inquiets concernant l'avenir de leur progéniture. 61 % des Français interrogés estimant que leur génération a une vie moins bonne que la génération de leurs parents, et que 67 % des jeunes d'aujourd'hui auront une vie encore moins bonne que celle de leurs parents.
« Il faut se rendre à l'évidence, les aspirations que nous pouvons tous nourrir sont souvent des aspirations contradictoires. En réalité, les gens en France, pour une légère majorité, restent encore favorables dans leurs idées au système mondialiste. En même temps, ces mêmes personnes constatent que cela ne va plus, que le pays est en déclin et que le système économique actuel nous plonge dans un marasme qui est insupportable pour tout le monde. Donc d'un côté, les gens restent attachés à des vieilles idées auxquelles ils continuent de croire et dans le même temps ils sentent bien que ces idées ne fonctionnent plus. Donc ils sont eux-mêmes clivés et ils ont besoin de politiciens au discours clivé pour répondre à leurs attentes. »
Notre expert relativise, pour lui cette situation qui se profile en cette année 2017 n'est en fait pas si inédite que cela, une situation qui s'explique simplement par le fait qu'elle est « en adéquation avec ce que recherche une légère majorité des Français »:
« Cela fait maintenant une quinzaine d'années, que tous les hommes politiques qui parviennent aux plus hautes fonctions de l'État, s'imposent aux termes des joutes électorales sur la base d'un discours de rupture, de changement: Nicolas Sarkozy avait obtenu le pouvoir de cette façon, c'était le candidat du changement qui allait tout balayer, François Hollande lui aussi disait "le changement c'est maintenant". En fait les candidats du système on compris depuis de nombreuses années qu'ils ne pouvaient réussir à s'imposer qu'en prônant un changement radical en surface, alors qu'en réalité ils continuent à préserver le statu quo. »
Un statu quo intenable pour Thibault Isabel « on ne peut pas à la fois soutenir le système tel qu'il est et déplorer les effets de ce système ». Mais en attendant que les Français surmontent leurs contradictions, c'est donc Emmanuel Macron qui les exprime le mieux à la fois anti-système dans la forme et pro-système sur le fond, ce qui explique peut-être en partie qu'il soit le favori des médias. Pour autant, ses détracteurs devraient toutefois garder une lueur d'espoir. En effet, l'étude de l'IPSOS relève également qu'en France, 68 % ne font pas confiance aux médias, une défiance qui pourrait finir par rejaillir sur leur chouchou.
Source de l'entretien: Sputnik News

Krisis 46 : Nation et souveraineté ?


 Individualisme, nationalisme et identité à l’ère du village global.
Article de Thibault Isabel, revue Krisis n°46 : Nation et souveraineté ?
En vente sur krisisdiffusion.com et revue-elements.com



Krisis 46 nation souveraineté


Présentation du numéro : Nous vivons à l’ère de la mondialisation. Les flux de communication n’ont jamais été aussi intenses. Nous échangeons sur les réseaux sociaux avec des Américains, des Brésiliens ou des Chinois, alors que, dans le même temps, nous ignorons parfois jusqu’au nom de notre voisin de palier. Le monde moderne rétrécit la distance qui nous sépare du lointain, tout en nous éloignant paradoxalement de notre prochain, c’est-à-dire de celui qui se trouve au sens propre «juste à côté de nous». La modernité engendre des bienfaits indéniables, sans lesquels nous ne pourrions plus vivre : nous sommes heureux de voyager, de découvrir d’autres contrées avec une facilité inédite dans l’histoire. Mais la mondialisation implique un brouillage des repères. Tout évolue à un rythme frénétique. Autrefois, les hommes vivaient dans le même monde, de la première à la dernière heure de leur vie. Or, depuis un demi-siècle, notre paysage a été considérablement dépaysé. Nous sommes confrontés à des produits matériels et culturels venus des quatre coins du globe, comme les plats que nous mangeons, les films que nous regardons ou les vêtements que nous portons. Et nous voyons surgir à chaque décennie une véritable révolution technologique qui bouleverse la société: l’automobile, la télévision, le téléphone portable, l’Internet. Face à des changements aussi rapides, l’ici et l’ailleurs n’ont plus guère de signification. Les gens finissent par se demander qui ils sont, et d’où ils viennent. Cette situation explique la résurgence de l’idée nationale dans le discours politique. Devant l’infini de l’horizon, on cherche à renouer des racines. Reste à savoir sous quelle forme, et par quels moyens.


Krisis n°46 : Nation et souveraineté ?
Krisis 46 Nation et souveraineté
Prix de vente : 24 euros
Éditorial
Entretien avec Pierre Manent / Le sentiment national dans un monde en crise.
Charles Taylor / Démocratie, nationalisme et exclusion.
Thibault Isabel / Individualisme, nationalisme et identité à l’ère du village global.
Entretien avec Dominique Schnapper / La république face aux problèmes d’intégration.
Pierre-André Taguieff / Sous le «populisme» : le nationalisme.
Entretien avec Pierre-André Taguieff / La révolte contre les élites ou la nouvelle vague populiste.
Guy Hermet / Les voisinages incertains du populisme.
Frédéric Dufoing / La doctrine de l’État fédéral et le déficit démocratique européen.
Denis Collin / Faut-il enterrer l’État-nation ?
Otto Bauer / Document : Le concept de nation (1907).
David L’Épée / Nation et résistance aux empires : le cas helvétique.
Louis Narot / Charles Maurras et le nationalisme intégral.




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Krisis 46  Nation et souveraineté
Sommaire de Krisis 46 : Nation et souveraineté ?

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Les auteurs de ce numéro

Otto Bauer : Né à Vienne le 5 septembre 1881, mort à Paris le 5 juillet 1938. Grande figure de l’austro-marxisme. Ami de Kautsky et collaborateur de la revue socialiste Neue Zeit, il rédige en 1907 l’ouvrage La social-démocratie et la question des nationalités, dont est tiré le texte que nous publions ici. Il devient en 1918 le leader du Parti ouvrier social-démocrate autrichien, puis ministre des affaires étrangères en 1918 et 1919, grâce à une coalition avec le Parti chrétien social. Il émigre en 1934 pour fuir le nazisme.

Denis Collin : Né en 1952, professeur de philosophie, ses travaux tentent de concilier marxisme et républicanisme. On lui doit notamment La théorie de la connaissance chez Marx (L’Harmattan, Paris 1996), La fin du travail et la mondialisation (L’Harmattan, Paris 1997), Morale et justice sociale (Seuil, Paris 2001), La matière et l’esprit : sciences, philosophie et matérialisme (Armand Colin, Paris 2004), Revive la République ! (2005), Comprendre Marx (2006), Comprendre Machiavel (2008), Le cauchemar de Marx : le capitalisme est-il une histoire sans fin ? (Max Milo Éditions, Paris 2009), La longueur de la chaîne : essai sur la liberté au XXIe siècle (Max Milo Éditions, Paris 2001) et Libre comme Spinoza (Max Milo, Paris 2014). On peut consulter son blog à l’adresse : <http://denis-collin.viabloga.com>.

Frédéric Dufoing : Né en Belgique, il réside actuellement au Luxembourg. Professeur de philosophie, politologue, spécialiste de l’économie politique internationale. Auteur de L’écologie radicale (Infolio, Paris 2012), il fut le co-fondateur de la revue Jibrile et collabore régulièrement à ÉlémentsLimite et La Nef.

Guy Hermet : Né en 1934, sociologue, politologue et historien, ancien chercheur à la Fondation nationale des sciences politiques, directeur du Centre d’études et de recherches internationales entre 1976 et 1985, docteur honoris causa de l’Université complutense de Madrid, il est notamment l’auteur de Les populismes dans le monde : une histoire sociologique (Paris, Fayard 2001) et de L’hiver de la démocratie ou le Nouveau Régime (Paris, Armand Colin 2007).

David L’Épée : Né en Suisse en 1983, diplômé en philosophie. Collaborateur régulier des revues Éléments et Rébellion, il s’est spécialisé dans l’histoire du socialisme et les débats autour de la démocratie directe. Il est par ailleurs critique de cinéma indépendant.

Thibault Isabel : Né en 1978 à Roubaix. Rédacteur en chef de Krisis. Docteur en esthétique, il travaille dans le domaine de la philosophie générale, de l’anthropologie culturelle et de l’étude comparée des mentalités et des systèmes de pensée. Auteur de nombreux articles parus dans des revues spécialisées, ainsi que de plusieurs ouvrages : Le champ du possible (La Méduse, Lille 2005), La fin de siècle du cinéma américain (La Méduse, Lille 2006), Le paradoxe de la civilisation (La Méduse, Lille 2010), À bout de souffle (La Méduse, Lille 2012) et Le parti de la tolérance (La Méduse, Lille 2014).

Pierre Manent : Né en 1949 à Toulouse. Philosophe, professeur de philosophie politique, directeur d’études à l’EHESS. Normalien et agrégé de philosophie. Ancien assistant de Raymond Aron au Collège de France, il fut en 1978 le co-fondateur de la revue Commentaire. Il est aussi l’auteur de Naissances de la politique moderne : Machiavel, Hobbes, Rousseau (Paris, Payot 1997), Tocqueville et la nature de la démocratie (Paris, Gallimard 1982), La cité de l’homme (Paris, Flammarion 1994), Cours familier de philosophie politique (Paris, Fayard 2001), La raison des nations : Réflexions sur la démocratie en Europe (Paris, Gallimard 2006), Enquête sur la démocratie : Études de philosophie politique (Paris, Gallimard 2007), Les métamorphoses de la cité (Paris, Flammarion 2010), Montaigne : la vie sans loi (Paris, Flammarion 2014) et Situation de la France (Paris, Desclée de Brouwer 2015).

Louis Narot : Universitaire, membre du Cercle Henri Lagrange et collaborateur régulier de l’AF 2000.

Dominique Schnapper : Née Dominique Aron en 1934, à Paris, elle est sociologue et politologue. Directrice d’études à l’EHESS, présidente du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, ancien membre du Conseil constitutionnel. Elle est en particulier l’auteur de La communauté des citoyens, sur l’idée moderne de nation (Paris, Gallimard 1994), Qu’est-ce que la citoyenneté ? (Paris, Gallimard 2000), La démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine (Paris, Gallimard, 2002), Qu’est-ce que l'intégration ? (Paris, Gallimard 2007) et L’esprit démocratique des lois (Paris, Gallimard 2014).

Pierre-André Taguieff : Né à Paris en 1946, philosophe, politologue et historien des idées, directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages, dont La revanche du nationalisme (Paris, PUF 2015). Il vient aussi de publier avec Annick Duraffour, Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique (Fayard, Paris 2017). L’entretien que nous publions ici sous une forme étendue avait paru dans une première version sur le site d’Atlantico.

Charles Taylor : Né en 1931 à Montréal. Professeur émérite de sciences politiques et de philosophie à l’Université McGill. Philosophe de réputation internationale, traduit dans plus de vingt langues, il est un des chefs de file de la mouvance communautarienne. En 2007, il fut nommé par le gouvernement québécois coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (dite « Commission Bouchard-Taylor »), avec l’historien Gérard Bouchard. Il est l’auteur de Hegel et la société moderne (Paris, Cerf 1998), Les sources du moi : La formation de l’identité moderne (Paris, Seuil 1998), Le malaise de la modernité (Paris, Cerf 2002), Multiculturalisme : Différence et démocratie (Paris, Aubier 1993), La liberté des modernes (Paris, PUF 1999), Laïcité et liberté de conscience (avec Jocelyn Maclure, Paris, La Découverte 2010) et L’âge séculier (Paris, Seuil 2011). 




Krisis 46 Nation et souveraineté

La Taoïsme face à l'éthique

L'article ci-dessous, publié sur le blog Mimésis fait suite à Taoïsme : une introduction

 Le taoïsme face à l’éthique
Calligraphie de «Songe d’une nuit tranquille» 
de Li Bai, poète du VIIIème siècle d’inspiration taoïste
Dans notre introduction au taoïsme, nous avons essayé de présenter les grands traits de cette pensée, essentiellement portée sur la mystique, la cosmogonie et la contemplation. Les relations furent tumultueuses, souvent antagonistes, parfois fructueuses ; entre d’une part le taoïsme et d’autre part la philosophie alternative du lieu et de l’époque que fut le confucianisme. Pris dans leur ensemble, taoïsme et confucianisme représentent les deux grands aspects de la pensée chinoise.
Si le taoïsme et le confucianisme semblent avoir été deux écoles de pensées opposées à bien des égards, comme le souligne Marc Halévy dans son ouvrage Le Taoïsme, nous nous appuierons aussi sur les réflexions de Thibault Isabel pour montrer que la réalité des rapports entre ces deux philosophies est historiquement plus nuancée. Il y a eu, dans le taoïsme, des figures et des courants ouvertement anti-confucianistes, comme il y a eu dans le confucianisme des courants de pensées cherchant à intégrer des éléments de sagesse taoïste dans un soucis de justesse, de régénération ou de synthèse.
Ainsi par exemple, lorsque l’on parcourt les numéros 1 ainsi que 2 de la revue Anaximandre consacrés à ce sujet, on saisit mieux les relations nuancées entre ces deux polarités philosophiques : l’une portée sur l’ordre naturel et la contemplation, l’autre sur l’éthique et l’organisation sociale. Thibault Isabel prend pour exemple deux héritiers emblématiques du confucianisme : Mengzi et Xun Zi. L’un comme l’autre s’appuient sur la pensée de leur Maître Confucius, mais selon deux bases éthiques antagonistes.
Mengzi semble plus proche d’une conception compatible avec le taoïsme, considérant que c’est le naturel en l’homme qui fonde sa bonté, que la société vient corrompre. Cela rejoint la conception naturaliste des taoïstes et l’attitude radicale d’une de ses plus illustres figures : Tchouang-tseu, vivant délibérément en marge de la société des hommes, qu’il juge corruptrice des enjeux réels de l’existence.
Xun Zi, quant à lui, défendrait la position contraire, considérant que c’est par l’éducation et le respect des règles sociales que l’homme développe sa seconde nature, bonne pour le coup, alors qu’à l’état naturel, son attitude ne serait que calcul et convoitise vis-à-vis de son prochain. Ainsi on constate un clivage entre deux éthiques nettement différentes au sein du confucianisme, alors qu’à première vue on aurait pu penser que le clivage se situe entre une pensée-bloc taoïste d’un côté, et une pensée-bloc confucianiste de l’autre.
Enfin, parmi les confucianistes à la recherche d’une synthèse entre la pensée taoïste et un confucianisme en quête de second souffle au milieu de son ère, Tibault Isabel cite l’exemple de Zhang Zaï qui, vers le Xème siècle, s’est engagé dans une recherche de synthèse et d’équilibre entre ces deux écoles philosophiques. Zhang Zaï s’inspire de la notion de Tao pour développer celle de Qi – que l’on pourrait traduire par Souffle -, à la fois produit et source des deux polarités Yin et Yang selon lesquelles se construisent les réalités phénoménologiques dans toutes leurs nuances. C’est par le Qi, directement inspiré des concepts taoïstes, qu’il faut encore concevoir, selon Zhang Zaï, une éthique de l’organisation sociale qui, dans une optique confucéenne, reste une préoccupation majeure et un sujet en soi.


Pensées antiques orientales et occidentales : des débats similaires

zhuangzi  Le taoïsme face à l’éthique

Tchouang-tseu (Zhuangzi)
La figure du taoïsme radical 
à la manière d’un Diogène
IXème siécle av. J.-C environ
Illustre figure du premier taoïsme, Tchouang-tseu est un peu le Diogène de la Chine antique. Anticonformiste radical se moquant ouvertement de Confucius et des confucianistes, de leur morale institutionnelle et leur respect excessif de règles rigides, il développa une approche philosophique proche du cynisme. Confucius étant un élève de Lao Tseu, comme le relève l’histoire ou la légende, Tchouang-tseu considère qu’il en fut l’un des plus médiocres, dénaturant l’esprit du taoïsme. À ce titre, il s’accordait le droit de se moquer de Confucius et de dénigrer ses successeurs.
Loin d’être une philosophie nihiliste ou absurde comme on a parfois tendance à le croire, le cynisme repose plutôt sur une exigence hypermorale vis-à-vis de l’individu et de ses choix. Cette hypermoralité, salutaire au regard du « bien tout fait » duquel s’auréolent parfois les hommes, constitue plus une pierre de touche pour évaluer la sincérité réelle de leurs intentions, qu’elle n’est un ensemble de règles auquel l’individu, par nature faible et faillible, serait capable de se conformer. On comprend bien que Tchouang-tseu et son attitude radicale aient pu constituer, comme le note Marc Halévy, une épine dans le pied des confucianistes ; tout comme un sujet d’agacement, d’exaspération, voire de rejet. Les confucianistes légalistes ne souhaitaient certainement pas s’embarrasser – à tort du point de vue d’une exigence morale élevée mais à raison du point de vue de l’impératif pratique -, de tant de détails dans l’exercice de leur pouvoir.
Tout comme le cynisme, le taoïsme semble peu se soucier d’apporter des réponses à la question éthique appliquée des rapports entre individus dans la société. Le taoïsme d’un Tchouangt-tseu est teinté d’une certaine misanthropie et d’une tentation pour l’érémitisme, bien illustrée par sa vie. On comprend que l’exercice soit périlleux, qui consiste à user de sa liberté créatrice intérieure tout en acceptant des contraintes extérieures dépendant si peu de nous, et venant contrarier nos élans. Pourtant, le génie créatif d’un Tchouang-tseu, et plus généralement des hommes inspirés, aura d’autant plus de sens que le fruit de leur travail pourra se frayer un chemin dans la société, afin de contribuer à l’élévation globale de ses membres plutôt que de susciter le rejet. Parfois, il faut bien le reconnaître, un tel équilibre n’est malheureusement et tout simplement pas possible du vivant de ces grands hommes… ainsi les écrits et les poèmes de Tchouang-tseu font partie des classiques de la philosophie taoïste, et même appartiennent à l’imaginaire collectif chinois, tout antisocial qu’il fut.



Les deux âges du logos

Dans l’Antiquité, il y eut schématiquement deux compréhensions du logos. La première – et la plus ancienne historiquement -, désigne l’ensemble des lois qui régissent le cosmos. Plus tard dans la Grèce antique, la compréhension de ce terme évolua dans le sens d’une connaissance des lois qui régissent les rapports des hommes. Le taoïsme, quant à lui, s’intéresse au premier sens du terme et se désintéresse grandement du second, ne voyant dans la compréhension des règles qui régissent la vie des hommes qu’une déclinaison des règles régissant le cosmos. Or, c’est observer la vie sociale de très loin que de penser de la sorte ! Si l’on imagine bien que le logos des hommes n’est pas étranger, dans son fondement, au logos qui régit le cosmos en ce que l’homme est un microcosme au sein d’un macrocosme qui le dépasse et auquel il appartient pleinement ; la déclinaison de l’un pour aboutir à l’autre dans une démarche déductive, sur la seule observation des lois qui régissent le Ciel, semble bien hasardeuse pour qui possède un peu de psychologie !
Dans sa présentation du taoïsme, Marc Halévy reproche à la pensée confucéenne de comprendre les choses ainsi, et de transposer les règles prétendument harmonieuses et immuables du Ciel à la vie des hommes, conduisant à simplifier et rigidifier ces dernières. C’est effectivement comme cela que Confucius conçoit la chose lorsqu’il dit que « Gouverner par la vertu, c’est imiter la polaire immobile cependant qu’autour d’elle se meuvent les étoiles« . Pourtant, l’attitude taoïste contemplative de la nature dans le wu wei ou « non-agir » quand bien même elle donnerait accès à une compréhension plus subtile de sa réalité impermanente et évolutive, ne saurait pas plus conduire à la compréhension intime des mécanismes en jeu dans la relation sociale ! Dans un cas comme dans l’autre, on commettra l’erreur d’imaginer que l’on peut faire l’économie de l’étude psychologique d’une humanité qui, même si elle est animée par les mêmes forces fondamentales que tout ce qui existe par ailleurs dans l’Univers, ne dispose pas moins de sa forme et de ses enjeux propres. Il semble donc plus pertinent de se porter observateur de la nature humaine, quitte à développer ensuite, par la pensée analogique, les ponts qui permettent d’établir des rapprochements entre les règles sociales et les intuitions contemplatives et mystiques ; plutôt que de procéder selon la démarche déductive inverse.
Harmonie et immuabilité d’un côté, impermanence et évolutivité de l’autre : dans les deux cas, on fait abstraction de toute démarche d’observation psychologique permettant de comprendre les ressorts intimes des rapports humains, de ce qui les singularise et les particularise au sein du Tao « source et moteur du monde ». C’est ce que relève justement Thibault Isabel dans la revue Anaximandre lorsqu’il commente le Zhengmeng, oeuvre majeure de Zhang Zaï :
Le Ciel désigne le principe de l’Etre ; or, ce principe nous engage lui-même á maintenir un équilibre entre le Ciel (l’aspect spirituel ou symbolique des choses), la Terre (leur aspect matériel) et l’homme (qui unifie les deux autres dimensions). Pour être en harmonie avec le monde, pour respecter la Voie du Ciel, l’homme doit bien par conséquent accepter de jouer son rôle spécifique au sein de l’unité cosmique : il doit équilibrer en lui l’idée céleste et la nature terrestre, pour que ses désirs et ses émotions, á partir de leur substance brute, prennent la forme plus élevée de l’humanité authentique, du cœur. Un homme qui prétendrait respecter le Ciel en se tournant exclusivement vers la sphère céleste, et négligerait la part naturelle et terrestre de l’existence, aurait tout simplement échoué á comprendre le Ciel qu’il affirme servir. Le Ciel est en lui-même dépourvu d’humanité, car il n’a pas d’émotions. Mais le Ciel (l’esprit) enseigne que la vie est au mieux quand la triade cosmique s’accomplit parfaitement : la Terre (la matière) est donc elle aussi sacrée, comme l’homme. Le saint doit sacraliser la Terre en lui, en reconnaissant la valeur de sa vigueur instinctuelle, et la raffiner á travers les symboles. Ainsi la Voie du Ciel est-elle consommée, dans l’équilibre que le sujet pensant et méditant fait naître en lui entre les deux polarités constitutives de la vie, synthétisées dans le troisième terme médiateur et dialectique qu’est son humanité.
La contemplation est une disposition de l’esprit nécessaire pour vouloir trouver la sagesse, mais pas forcément suffisante pour conformer notre action aux plans divins. C’est en n’omettant pas de méditer sur le centre et ses enjeux, par l’introspection personnelle ou l’observation de la vie des hommes que, dans un mouvement dialectique, l’action de l’homme peut l’élever vers le Ciel.


Périodes tardives de l’Orient et de l’Occident : des écueils similaires


qi-baishi  Le taoïsme face à l’éthique
*
Le Chant du fleuve.
Évocation du sage taoïste
en prise et en harmonie
avec la nature
La Chine, tout comme l’Europe, a été traversée par nombre de crises culturelles dans son histoire. Si la Chine moderne est parvenue à sortir de sa funeste expérience communiste menée au XXème siècle, c’est malheureusement pour continuer à suivre l’Occident dans la course à la production et à la puissance matérielle. Tout comme l’Occident, la Chine mobilise aujourd’hui tous ses moyens pour décrocher la croissance économique à tout prix, sans considération pour les conséquences sociales, écologiques ou tout simplement humaines de cette fuite en avant. La Chine a mis son pragmatisme séculaire au diapason de l’efficacité technicienne, tout comme l’Occident l’a précédée dans le mouvement au nom de l’omnipotence de l’homme sur son environnement. L’un comme l’autre sont finalement parvenus au même point de dénaturation de leur propre civilisation, avec pour corollaire le risque systémique sur une activité ne s’inscrivant plus dans aucun cadre ni horizon.
Parmi les traditions antiques susceptibles de nous sortir de nos impasses, le cosmocentrisme de la pensée taoïste est là pour nous rappeler que, loin d’être la maîtresse du monde, l’humanité n’est qu’un de ses aspects, tandis que le reste de la création constitue le cadre de son existence et le sens de son action.
Terre, Homme, Ciel… l’actualisation de l’un des aspects du cosmos ne peut se faire au détriment ni dans l’ignorance des autres, mais dans un mouvement dialectique conduisant à leurs mutuelles réalisations. C’est le message du Dào.



Sylvain Fuchs – sfuchs@mimesis-sfuchs.com

Comment analyser le modèle américain ? Emission avec Alain de Benoist, Thibault Isabel, Olivier Dard et Jean-Philippe Immarigeon.





Emission animée par Arnaud Guyot-Jeannin sur Radio Courtoisie. Durée : 1 heure 27 minutes.





A écouter ou télécharger via Ekouter.net
Description :
Il y a une vieille rivalité entre la France et les États-Unis. Nous vilipendons leur mentalité de cow-boys, leur matérialisme outrancier, leur inculture crasse et leur puritanisme, tandis qu’eux ironisent sur notre arrogance nationale, nos airs d’aristocrates et notre jacobinisme centralisateur. 
Les beaux esprits voudraient étouffer nos désaccords au nom d’une grande concorde occidentalo-mondialiste. Mais ce serait faire bien peu de cas de la géopolitique. Nul ne peut nier le rôle joué par l’Amérique dans les tensions mondiales actuelles. La notion d’anti-américanisme est surtout utilisée par les défenseurs du système en place, qui sont nombreux dans les médias. 
Le capitalisme étant dominé depuis un siècle par les États-Unis, il n’est pas étonnant que les représentants les plus éminents du monde libéral se sentent solidaires de l’Amérique, d’une façon presque corporatiste, ou pour mieux dire classiste. Ils sont solidaires de la Nouvelle Classe des élites globalisées, qui n’est pas exclusivement américaine, tant s’en faut, et qui l’est même de moins en moins, mais dont les États-Unis constituent depuis longtemps la figure tutélaire.




Politique USA Election Populisme Puissance Destinée manifeste Liberté
Alain de Benoist Arnaud Guyot-Jeannin Thibault Isabel Olivier Dard Philippe Immarigeon Radio Courtoisie



Au sommaire de Krisis n°43
Entretien avec Jean-Philippe Immarigeon / La chute de la maison Amérique.
Jean-Claude Paye / États-Unis : l’instauration d’un pouvoir sans limite.
Michel Lhomme / La démocratie carcérale américaine.
Luc Pauwels / Les Américains et le droit d’autodétermination des peuples.
Jean-Claude Paye et Tülay Umay / France, États-Unis, Syrie. Guerre et «double pensée».
Knut Hamsun / Document : Le patriotisme américain (1889).
Entretien avec Alain de Benoist / L’anti-américanisme de droite, de gauche et d’ailleurs.
Olivier Dard / Le cancer américain : un essai emblématique de l’anti-américanisme français des années 1930.
Alexandre Soljenitsyne / Document : Le déclin spirituel de l’Occident (1978).
Entretien avec Édouard Chanot / Les Pères Fondateurs de l’Amérique.
Thibault Isabel / Le «style paranoïde» de l’industrie culturelle américaine.
Entretien avec David Da Silva / La tradition populiste dans la culture des États-Unis.
Thierry Marignac / Témoignage : Marquis de la Dèche dans la ville noire. Bas-fonds d’Amérique vus par un petit parigot.
Alexis de Tocqueville / Le texte : La vitalité démocratique américaine (1840).

Numéro en vente 24 euros sur les sites Krisis Diffusion et Eléments





Crédits montage photo: Institut Clisthène - Pour le renouveau politique et culturel

Islam et terrorisme islamiste: Débat entre Jean-Louis Harouel et Thibault Isabel


Entre les attentats et les polémiques identitaires, la tension monte dans notre pays. Face au terrorisme, la France se cherche et tergiverse face aux menaces. Que faire? Comment faire? Débat.


 Ecoutez ici le débat via Sputnik (lien audio)
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Les réponses sont loin d'être évidentes. Chacun y va de son petit grain de sel… mais certains se font davantage remarquer que d'autres.

La semaine passée a vu la publication d'un brulot, Un quinquennat pour rien, le dernier essai d'Eric Zemmour. Dans cet essai, le fameux polémiste a tenté d'apporter une réponse et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est pour le moins provocante: Eric Zemmour évoque les théories de désignation de l'ennemi (notamment avec les philosophes Julien Freund et Carl Schmitt) et écrit explicitement: «…nous devons reforger dans l'adversité un peuple français. Et désigner l'ennemi: l'islam. Un ennemi qui nous fait la guerre sans déclaration de guerre» (p. 44). 


 Eric Zemmour sur l'islam
La théorie de la désignation de l'ennemi gagne du terrain

C'est cette citation qui est à l'origine du débat du jour: cet argument est — nous semble-t-il — destiné à marquer profondément le débat à la fois intellectuel et politique des prochaines semaines et des prochains mois. Et même des prochaines années. Est-ce de la surenchère médiatique ou du courage politique? De l'islamophobie ou de la lucidité? L'expression d'un repli identitaire ou un renouveau patriotique? 

Ces questions sont graves, et Sputnik News a décidé d'y répondre et d'approfondir la réflexion avec un universitaire chevronné et un intellectuel plein d'avenir… 
Jean-Louis Harouel est Professeur agrégé de droit, auteur d'une vingtaine d'ouvrages dont le plus récent est Les Droits de l'homme contre le peuple (2016, Desclée de Brouwer), d'ailleurs cité par Zemmour. 
Thibault Isabel est rédacteur en chef de la revue Krisis et docteur en philosophie. Il a publié en 2014 Le Parti de la tolérance, aux éditions La Méduse. 



Selon Jean-Louis Harouel, «l'islam est l'ennemi»: «Je le dirais avec d'autant moins d'hésitation d'autant plus que je l'écris à plusieurs reprises dans mon essai: je parle d'entreprise conquérante d'une civilisation hostile, je parle d'antagonisme de civilisation (…) Je fais la distinction de l'Islam comme système et les musulmans comme personnes, qui me paraît absolument essentiel. Mais l'islam comme corps de doctrine est bel et bien l'ennemi».
Ensuite a-t-il expliqué: «Il y a un djihad violent, mais il y a deux djihads beaucoup plus dangereux: il y a le djihad démographique qui consiste par la procréation et puis le djihad civilisationnel qui a pour objectif d'imposer les mœurs, le droit et la sociologie de la civilisation arabo-musulmane en France». 

Pour Thibault Isabel, «on doit se poser la question du pacte civique. Nous pouvons être bien intégrés et différents». Avant de poursuivre: «Je n'accepte pas l'idée de considérer l'islam massivement comme un ennemi; non que l'islam ne pose pas de problème d'accommodement avec la République française — c'est certainement le cas, et on peut même affirmer que toutes les religions posent des problèmes d'accommodement. Il est certain que l'islam par sa nature politique et juridique, pose des problèmes tout particuliers (…) mais cela dit, assimiler l'islam en général et le terrorisme islamiste me semble à la fois erroné sur un plan intellectuel et plus encore je pense que c'est une grave erreur géostratégique: au fond, on rentre dans la logique de Daesh. Le seul véritable objectif de Daesh est de favoriser une guerre civile sur le sol national des pays occidentaux. En rentrant dans leur logique, et en considérant que deux blocs qui s'opposent de manière unilatérale sans possibilité de compromis, alors on dit à tous les musulmans 'vous ne pouvez pas être français'. Il y a un choc des civilisations et c'est s'inscrire dans le cadre d'une rivalité mimétique; c'est s'empêcher d'un point pragmatique de trouver une solution aux problèmes qui se posent à la France.»