Marcel Gauchet en une de Revue Eléments n°164 - Article StreetPress






MARCEL GAUCHET EN COUVERTURE DE LA REVUE D’EXTRÊME DROITE « ÉLÉMENTS »
GROGNE À L’ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES OÙ IL ENSEIGNE


Marcel Gauchet EHESS Revue Eléments n°164
















Mais que vient faire le très respecté philosophe Marcel Gauchet en Une d’Éléments, 
la revue phare de la Nouvelle droite, un des courants de la droite radicale ? 
A l’EHESS où Gauchet enseigne, des profs montent au créneau.


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Doigt tendu, un peu à la manière de l’Oncle Sam sur de vieilles affiches de la conscription, yeux clairs et lèvres plissées… Marcel Gauchet est en Une d’Éléments, la revue phare de la Nouvelle droite. Le très respecté philosophe succède en couv’ du magazine à Patrick Buisson et précède un encart pour le… spécial « Maurras » de la revue Nouvelle École ou encore une pub pour un colloque de l’extrême droite néo-païenne !
C’est que Gauchet, éminent spécialiste de philosophie politique, vient de publier son nouveau livre : L’avènement de la démocratie, le nouveau monde. Et pour l’occasion, il enchaîne les interviews : le Point, France Inter…
Mais à peine en kiosques, le numéro 164 de la revue Éléments fait grincer des dents. A l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), une institution plutôt à gauche, où Marcel Gauchet est toujours prof, le papier a du mal à passer. Étudiants, profs, personnels administratifs voient rouge. Le syndicat Sud rédige même un tract pour dénoncer la confusion des genres. « Ce n’est pas normal que des directeurs d’étude amènent de l’eau au moulin à cette revue » insiste Sylvain Laurens, maître de conférence en sociologie : 
« La nouvelle droite, ce n’est pas n’importe quoi. »

LA NOUVELLE DROITE KÉZAKO ?

Fondée en 1973 par Alain de Benoist, la revue Éléments était en son temps le navire amiral du Grece, le groupement de recherche et d’étude pour une civilisation européenne. « Ça n’a duré que quelques mois. Depuis Éléments est un magazine indépendant qui s’est donné comme but de faire émerger de nouveaux clivages », coupe tout net Alain de Benoist quand on lui passe un coup de fil.
ITW A Boulevard Voltaire, on se réjouit de la nouvelle
Sauf que de Benoist essaye de se racheter une virginité pour pas cher : car pendant de longues années, sa revue a eu pour surtitre « la revue de la nouvelle droite ». Mais de Benoist de poursuivre : 
« Aujourd’hui, il existe des clivages plus pertinents que le clivage gauche / droite, autour des notions de souveraineté, d’identité ou d’Europe. »
Théoricien de « la nouvelle droite », de Benoist a largement contribué à renouveler les logiciels idéologiques de plusieurs partis d’extrême droite européens (dont le FN), notamment en repensant les clivages politiques.
Dans ses colonnes, entre des articles d’actu, la revue se fait souvent l’écho des positions les plus à droites de l’échiquier politique. Elle ouvre aussi les pages du mags à des intellos plutôt à gauche et à d’éminents profs de fac. Parmi ses plus belles prises : Michel Maffesoli, Michel Onfray, Bernard Langlois, fondateur du magazine Politis et d’Attac, Pierre Manent ou Jacques Sapir, tous deux directeurs d’études à l’EHESS. Dans les colonnes de la revue, l’économiste aujourd’hui proche du FN et chroniqueur pour Russia Today déclarait : 
« Jean-Luc Mélenchon a les problèmes d’une vierge. Elle est appelée à ne pas le rester, sinon elle devient une vierge rance. »

PETITE TEMPÊTE

A l’Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales, la publication d’Éléments a pas mal fait parler. Outre les habituels bruits de couloir dont le milieu universitaire est coutumier, le syndicat Sud a envoyé un tract à l’ensemble des personnels, enseignants ou étudiants que compte l’institution… sans grand succès.
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 « On n’est pas dupes… Alain de Benoist essaie de capter une partie du monde intellectuel pour faire de sa revue un lieu de débat non affilié à un parti » explique Sylvain Laurens, l’un des profs auteur du tract : 
« Aujourd’hui, on fait comme si cette revue était neutre. »
La polémique parcourt les milieux universitaires. « On demande à des intellos de participer à cette revue alors qu’ils ne sont pas de ce bord », ajoute Philippe Marlière, prof à Londres : 
« Jean-Yves Camus (éminent spécialiste de l’extrême droite, ndlr) a été interviewé par Éléments. Avec plusieurs collègues, on s’étonne beaucoup de tout ça. »
Dans les étages du 105 boulevard Raspail, Sylvain Laurent se sent pourtant bien seul. Malgré les témoignages de sympathie, bien peu de profs ont dénoncé publiquement l’interview de Gauchet. « Il n’y a pas vraiment de mobilisation. Ce sont des directeurs d’études émérites (ils sont à la retraite, ndlr), ils ne sont pas centraux. Et puis ce sont des figures compliquées à attaquer », poursuit le jeune chercheur.
Pour Jean-Louis Fabiani, directeur d’études en sociologie, le silence des profs s’explique aussi par la « tradition libérale » de l’École. « On ne commente pas les propos d’un collègue. On ne peut pas s’orienter vers une police de la pensée. » Et même si l’interview de Gauchet, son vieux camarade de fac, le choque, l’homme a décidé de ne pas prendre partie : 
« S’indigner, ça autorise aussi mes collègues de s’indigner contre moi. »
« Il y a un jeu pervers de la part de cette revue et de ceux qui acceptent de répondre, c’est sûr », renchérit Gilles Bataillon, lui aussi directeur d’études à l’EHESS. Avant de conclure : 
« Mais il n’y pas de quoi s’énerver. Moi je juge Gauchet sur ses textes. »

« CETTE ACCUSATION EST COMPLÈTEMENT IDIOTE »

Du côté d’Éléments, on s’amuserait presque de cette polémique naissante. « Dire qu’il y a une quelconque stratégie de récupération, c’est complètement idiot. Gauchet met les pieds où il veut », soupire Alain de Benoist. De son côté, Marcel Gauchet ne voit aucun problème à apparaître dans Eléments. « C’est une revue de bonne facture. J’ai l’impression que de Benoist a mis de l’eau dans son vin par rapport aux conneries qu’il a dites dans le temps » explique l’intellectuel (il a par exemple, en son temps, défendu l’apartheid) : 
« Ça n’a plus rien à voir avec les trucs indo-européens. »
Quant à la polémique, c’est la preuve de la « persistance du sectarisme de l’extrême gauche », insiste t-il : 
« Cette gauche totalitaire qui rêve de camps de concentration. »
Sur Twitter, les journalistes d’Éléments invitent même leurs détracteurs à lire Krisis, une autre revue proche du Grece. Dans le dernier numéro, on retrouve un article d’une autre figure de l’EHESS : Dominique Schnapper, spécialiste de l’antiracisme, présidente du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, et ex-membre du Conseil Constitutionnel.

PAS DE RÉVOLTE CHEZ LES ÉTUDIANTS

Du côté des étudiants, le vent de la révolte ne souffle pas franchement. Même si certains d’entre eux, comme Juliette, thésarde, sont choqués par l’interview : 
« Gauchet brouille les pistes. On est dans une période où l’extrême droite est forte. Il faut être clair. »
Pas facile pourtant de lancer une mobilisation à l’École des Hautes Études. « On n’a pas vraiment d’espace pour se réunir par exemple. Je trouve ça dommage. »
Si l’encéphalogramme politique de l’école reste plat, pas de risque pourtant que ce bastion de la gauche bascule à droite. « L’autorité intellectuelle de Gauchet ou Manent est nulle chez les jeunes », opine Jean-Louis Fabiani : 
« L’an dernier, je donnais cours après Manent. L’amphi était plein mais c’était l’université du 4e âge. Il n’y avait que des personnes âgées. On aurait dit des vieux de l’OAS ! »

Droite - Gauche, c'est fini


 Le moment populiste, droite gauche
Le moment populiste. Droite - Gauche, c'est fini



Article de  paru sur Boulevard Voltaire


Le Moment populisteAlain de Benoist, avec la clarté qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste ».

Alain de Benoist, avec la clarté didactique et la fluidité stylistique qu’on lui connaît, nous gratifie d’un essai substantiel sur ce qu’il appelle le « moment populiste », laissant peut-être sous-entendre que le populisme annonce davantage une nouvelle ère politique que l’avènement véritable d’un peuple démiurgique qui se substituerait aux élites dirigeantes, politiques, financières et médiatiques. Surtout, et c’est la thèse centrale du livre annoncée par un sous-titre exclamatif, ce moment sonnerait l’hallali à terre du vieux clivage droite-gauche.
Partout, constate Benoist, « les coups de boutoir de la protestation populiste » ont littéralement renversé les paradigmes habituels de la bipartition de la vie politique occidentale (de l’Europe aux États-Unis), en convoquant dans le ronronnant jeu de quilles électoral un tiers, jusque-là exclu, le peuple, celui-ci reportant ses suffrages sur des tribuns ou des partis réputés « extrêmes » par le Système. Le consensus mou et anesthésiant vole en éclats, réintroduisant, du même coup, la notion intrinsèquement démocratique du « conflit maîtrisé », attendu, précisément, que « la démocratie n’est pas soluble dans le procédural, car elle est de forme agonistique ».
À cette aune, le fracassant retour du peuple au sein de son amnios principiel qu’est l’affrontement démocratique pacifié – et légitimé en tant que tel – fait resurgir ce que l’apathie de nos sociétés consuméristes avait subsumé sous l’épais édredon hédoniste de l’amollissant confort égo-individualiste, à savoir la dimension tragique de l’existence ; en l’occurrence, celle du politique qu’un certain universalisme unanimiste a cru évacuer à peu de frais en tournant le dos à l’ontologique discrimination schmittienne de l’ami et l’ennemi.
Au travers d’une douzaine de chapitres – bâtis à l’ombre tutélaire de penseurs radicaux essentiels tels que Jean-Claude Michéa, Ernesto Laclau, Costanzo Preve, Paul Piccone, Christopher Lasch, Thibault Isabel, etc. –, Benoist fait ressortir, selon nous, deux traits saillants caractérisant cet instant populiste : la fatigue générale qui a gagné, jusqu’à l’exaspération, les couches populaires, d’une part, la chute finale des grandes idéologies structurantes – que notre auteur dénomme « les grands récits » – qui ordonnaient les rapports sociaux et charpentaient les mentalités, d’autre part.
Ne trouvant plus d’écho au sein d’une classe politique endogamique et interchangeable, le pays réel s’en est progressivement détourné, à proportion du mépris croissant dans lequel ceux-là finissent par tenir celui-ci, notamment en le diluant contre son gré dans un immigrationnisme d’indifférenciation et en immolant les patries héréditaires, indivises et charnelles aux bûchers holocaustiques du mondialisme transfrontiériste. Quant aux idéologies qui conféraient un sens à la vie (qui ne se résume pas, en effet, à un indice de croissance ou à un crédit renouvelable), comme le socialisme ou le christianisme, elles se sont noyées corps et bien dans « les eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la saisissante formule de Marx.
Il résulte de ces effondrements une crise profonde d’identité affectant l’être même des peuples et qui les pousse tout autant à « l’accablement », au « désenchantement » et à la « désillusion ». En phénoménologue avisé, Alain de Benoist s’attache à saisir l’essence du populisme ressenti par les intéressés comme une indicible fracture : « Le déchaînement des logiques de l’illimité dans un monde privé de repères suscite dans les esprits un malaise identitaire et existentiel profond. Quand on parle de populisme, il faut tenir compte de ce malaise encore aggravé par l’intériorisation de l’idée qu’il n’y a pas d’alternative à la disparition de tout horizon de sens au sein du monde de la reproduction économique : “Le monde ne doit plus être ni interprété, ni changé : il doit être supporté” (Peter Sloterdijk) » [philosophe allemand connu pour sa critique originale de la modernité organisée, entre autres, autour de la figure du « cynique » NDLR].
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Le Moment populiste, Alain de Benoist


Le Moment populiste Alain de Benoist

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Lire aussi Thibault Isabel dans son entretien avec Marcel Gauchet dans éléments n°164


 Éléments n°164 : Gauche-droite, c'est fini ! 


Eléments N°164
Moment Populiste Alain de BenoistDepuis que la gauche s’est employée à remplacer son ancien électorat par des catégories extérieures aux catégories nationales et à favoriser avant tout la mondialisation des échanges, deux dynamiques nouvelles sont à l’œuvre dans le paysage politique européen. (...)

La première dynamique est la dynamique identitaire. Elle peut s’exprimer à gauche comme à droite. En dépit de tout ce qui les oppose, elle comprend aussi bien les nationalistes identitaires que les tenants du multiculturalisme. Dans l’un et l’autre cas, la notion décisive est celle d’ethnos, c’est-à-dire de personnalité historique ou ethnoculturelle, considérée comme non négociable.

La seconde dynamique est celle du populisme. Elle ne se confond pas avec la précédente, même si elle peut parfois la rejoindre. À la façon du boulangisme, le populisme mêle lui aussi des éléments de gauche et de droite. Mais surtout, il ne se réclame pas seulement du peuple-ethnos, mais avant tout du peuple-démos, c’est-à-dire du peuple politique, et subsidiairement du peuple-plebs, c’est-à-dire des couches dominées. En France, il correspond sociologiquement aux classes populaires et aux éléments de la classe moyenne menacés de déclassement, et géographiquement à la « France périphérique » par opposition aux métropoles mondialisées.

Le populisme s’appuie sur le principe de la souveraineté populaire et dénonce ses limitations par la démocratie libérale et l’État de droit. Déçus par la mondialisation comme par les institutions européennes, physiquement hostiles à la privatisation du sens de l’existence comme à l’avènement d’un homme hors-sol, dépouillé de ses racines et de sa mémoire, révulsés par les mouvements migratoires, hantés par la peur de la désagrégation de la sociabilité qui leur est propre, mus surtout par un puissant ressentiment envers les élites, les populistes s’efforcent d’articuler une nouvelle demande sociale : demande de repères en matière de mœurs, demande de cadres protecteurs, demande d’une politique qui ne se ramène pas à la gestion, demande d’une démocratie réelle, demande d’autorité.

François Fillon n’est pas un populiste. Il s’adresse avant tout aux bourgeois retraités qui forment le socle de l’électorat de droite, et qui aspirent à la fois à un paisible conservatisme des mœurs et à un libéralisme modéré. Mais c’est là que le bât blesse. Ceux qui se réclament de cette improbable alliance se retrouvent un jour ou l’autre dans une position intenable : s’ils appliquent un programme libéral, qui comprend l’ouverture des frontières, la politique des droits individuels et la soumission de l’entreprise aux exigences des propriétaires du capital, ils déçoivent les conservateurs ; s’ils appliquent un programme conservateur, qui implique la protection de la société, le maintien des frontières et le primat de l’intérêt national, ils déçoivent les libéraux.

La question qui se pose est alors celle-ci : peut-on encore, sans tomber dans l’incohérence, être à la fois conservateur et libéral aujourd’hui ?

Au sommaire du N°164 d'Eléments

• Entretien exclusif avec Marcel Gauchet
« La bien-pensance engendre la crétinisation »
• Populisme, la grande peur des élites, par Alain de Benoist

Dossier : Droite-gauche, c’est fini !
• Politique-fiction : Le Pen-Mélenchon au second tour
• L’obsolescence programmée du clivage droite-gauche
• Pourquoi les vrais socialistes font la guerre à la gauche
• Entretien avec Charles Robin
• Rencontre avec Bernard Langlois, membre fondateur d'Attac et de Politis

Et aussi...
• L’AF et ses dissidents
• Les nouvelles têtes à claques du libéralisme
• La France buissonnière de Sylvain Tesson
• Littérature : entretien avec Louis Jeanne
• La leçon de Gabriel Matzneff
• Tintin : retour au pays des Soviets
• À la redécouverte de Thomas Sankara
• Après nous le déluge ? La réponse de Sloterdijk
• Philosophie : L’esprit dépend-il de la matière ?
• L’esprit des lieux : Venise

Les français, des anti-système frileux



Les français seraient déclinistes et en tête des pays les plus en désaccord avec leur classe politique, selon la dernière étude de l’IPSOS. Pourtant les français sont en parallèle une minorité à se dire « susceptibles » de voter pour un parti ou un candidat prêt à changer les règles. Analyse.

La fin de semaine a été particulièrement riche en meetings politiques: Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et son hologramme ou encore le déplacement de François Fillon dans les Ardennes, tous les ténors pressentis pour la dernière ligne droite à l'investiture suprême ont fait parler d'eux d'une manière ou d'une autre. Mais ont-ils lu la dernière enquête de l'IPSOS?
Une enquête menée en 2016 auprès de 16 096 personnes de 16 à 64 ans dans 22 pays riches et émergents montre un pessimisme — pas nouveau en France — notamment vis-à-vis de l'avenir de leurs enfants. Un thème, une crainte, devenue récurrente dans les sondages ces derniers temps. L'enquête montre surtout une grande défiance vis-à-vis de la classe politique et du « système ». De quoi interpeller nos ténors politiques.
À vrai dire, les candidats ne pouvaient pas, techniquement parlant, prendre connaissance de cette enquête, publiée ce lundi 6 février sur le site de l'institut de sondage. Cependant, le résultat de celle-ci n'est pas surprenant et s'inscrit dans la continuité d'études précédentes, notamment celle d'OpinionWay pour le Cevipof (le centre de recherches politique de Sciences Po) mi-janvier.
Le politologue Pascal Perrineau avait alors insisté sur un certain paradoxe du résultat de cette étude: celui de voir des français plus demandeurs de protectionnisme, tout en allant vers un libéralisme plus « assumé ».
Un positionnement étonnant que l'on retrouve dans l'étude de l'IPSOS: tant sur les questions de libéralisme et de mondialisation. Dans le cas de cette étude, 66 % des Français se prononcent en faveur d'un contrôle par l'État du prix des denrées alimentaires de base (au-delà d'une moyenne de 58 %), mais ils ne sont plus que 36 % à se prononcer en faveur de la nationalisation des ressources naturelles. Sur les questions d'immigration, si 69 % des français sont contre l'idée « qu'il serait préférable pour la France de laisser venir tous les immigrés qui le souhaitent », les français semblent en moyenne plus ouverts que leur voisins européens — moins de la moitié (40 %) des personnes interrogées dans l'hexagone estimant que la France serait « plus forte » en cas d'arrêt de l'immigration et seuls 33 % des Français (contre une moyenne de 35 %) estiment que « les immigrés prennent les emplois des citoyens français. »
En parallèle, toujours concernant l'ouverture du pays, avec l'Italie, la France fait figure d'exception à la règle de percevoir comme une opportunité l'ouverture de l'économie nationale aux entreprises étrangères, en d'autres termes, les Français sont sceptiques face à la mondialisation!
Des résultats qui sont loin d'étonner Thibault Isabel, docteur en philosophie et rédacteur en chef de la revue Krisis —Il est notamment l'auteur de l'ouvrage Le Parti de la tolérance, (Éd. La Méduse, 2014)
« De telles études ont déjà été publiées au cours des dernières années, et montrent une poussée constante du "déclinisme" dans tous les pays occidentaux. Cela s'explique évidemment par des motifs objectifs: les Occidentaux voient bien que les conditions de vie déclinent, c'est lié à une évolution structurelle du capitalisme et de la situation internationale. Les gens savent objectivement que les populations souffriront davantage — seront moins heureuses — que les générations précédentes. Les riches sont de plus en plus riches, mais il est évident que le taux de richesse et de satisfaction, de bonheur moyen de la population ordinaire, ne cesse de décroître depuis maintenant de nombreuses décennies. »
Une étude, qui n'est pas unique en son genre en somme, mais qui interpelle par son contenu détaillé. En effet, si on comprend vite que les Français sont particulièrement prompts à dénoncer leur classe politique, ils semblent en revanche beaucoup moins enclins à voter en considération de ce sentiment.
On constate par exemple que les Français s'illustrent particulièrement lorsqu'ils sont 80 % — 31 points de plus que la moyenne des 22 pays — à s'accorder sur le fait que « Pour que la situation change, nous avons besoin d'un dirigeant qui soit prêt à changer les règles du jeu ». 76 % des Français estiment par ailleurs que « les partis et hommes politiques traditionnels ne se souviennent pas des gens comme moi ».
Mais plusieurs pages plus tard, à une toute autre question, les Français passent sous la moyenne (de 4 points) des autres pays en n'étant que 40 % à se dire « susceptibles » de voter « pour un parti ou un dirigeant politique qui souhaite changer radicalement le statu quo ».
Un résultat qui interpelle également Thibault Isabel, qui souligne là un paradoxe et ce au sein même de ceux qui protestent contre la classe politique:
« Certes, la majeure partie des Français rejette leur classe politique, mais on voit que même parmi les gens qui rejettent la classe politique, il y a encore une légère majorité de personnes qui soutiennent le système mondialiste. »
Dans le contexte électoral, à qui pourrait profiter ce paradoxe? Alors que tous pointent du doigt la montée des populistes, sur fond de Brexit et d'élection de Donald Trump, faisant planer le « spectre » de la victoire de Marine Le Pen, est-ce vraiment les candidats s'affichant comme antisystème qui profiteront de ce paradoxe? Pour Thibault Isabel, la réponse est claire:
« C'est quelque chose je pense qu'Emmanuel Macron a très bien compris, parce qu'en fait, qu'est-ce qu'il fait? D'un côté, il tient un discours populiste de remise en cause du clivage Droite-Gauche et des vieilles élites politiques, mais dans le même temps il défend l'idéologie du système. »
« Je ne dis pas que les choses ne vont pas évoluer, il y a une dynamique en faveur de la remise en cause profonde du système, mais à l'heure actuelle, indéniablement, le rejet de la classe politique ne signifie pas encore qu'il y a une majorité électorale contre le mondialisme et donc l'idéologie qui a le plus de chance de prospérer en l'état actuel de l'opinion, c'est une idéologie qui serait à la fois superficiellement populiste, mais qui dans le fond resterait mondialiste. »
Comment expliquer un tel paradoxe? Surtout que les exemples ne manquent pas. L'étude révèle que les Français sont notamment les plus inquiets concernant l'avenir de leur progéniture. 61 % des Français interrogés estimant que leur génération a une vie moins bonne que la génération de leurs parents, et que 67 % des jeunes d'aujourd'hui auront une vie encore moins bonne que celle de leurs parents.
« Il faut se rendre à l'évidence, les aspirations que nous pouvons tous nourrir sont souvent des aspirations contradictoires. En réalité, les gens en France, pour une légère majorité, restent encore favorables dans leurs idées au système mondialiste. En même temps, ces mêmes personnes constatent que cela ne va plus, que le pays est en déclin et que le système économique actuel nous plonge dans un marasme qui est insupportable pour tout le monde. Donc d'un côté, les gens restent attachés à des vieilles idées auxquelles ils continuent de croire et dans le même temps ils sentent bien que ces idées ne fonctionnent plus. Donc ils sont eux-mêmes clivés et ils ont besoin de politiciens au discours clivé pour répondre à leurs attentes. »
Notre expert relativise, pour lui cette situation qui se profile en cette année 2017 n'est en fait pas si inédite que cela, une situation qui s'explique simplement par le fait qu'elle est « en adéquation avec ce que recherche une légère majorité des Français »:
« Cela fait maintenant une quinzaine d'années, que tous les hommes politiques qui parviennent aux plus hautes fonctions de l'État, s'imposent aux termes des joutes électorales sur la base d'un discours de rupture, de changement: Nicolas Sarkozy avait obtenu le pouvoir de cette façon, c'était le candidat du changement qui allait tout balayer, François Hollande lui aussi disait "le changement c'est maintenant". En fait les candidats du système on compris depuis de nombreuses années qu'ils ne pouvaient réussir à s'imposer qu'en prônant un changement radical en surface, alors qu'en réalité ils continuent à préserver le statu quo. »
Un statu quo intenable pour Thibault Isabel « on ne peut pas à la fois soutenir le système tel qu'il est et déplorer les effets de ce système ». Mais en attendant que les Français surmontent leurs contradictions, c'est donc Emmanuel Macron qui les exprime le mieux à la fois anti-système dans la forme et pro-système sur le fond, ce qui explique peut-être en partie qu'il soit le favori des médias. Pour autant, ses détracteurs devraient toutefois garder une lueur d'espoir. En effet, l'étude de l'IPSOS relève également qu'en France, 68 % ne font pas confiance aux médias, une défiance qui pourrait finir par rejaillir sur leur chouchou.
Source de l'entretien: Sputnik News

Krisis 46 : Nation et souveraineté ?


 Individualisme, nationalisme et identité à l’ère du village global.
Article de Thibault Isabel, revue Krisis n°46 : Nation et souveraineté ?
En vente sur krisisdiffusion.com et revue-elements.com



Krisis 46 nation souveraineté


Présentation du numéro : Nous vivons à l’ère de la mondialisation. Les flux de communication n’ont jamais été aussi intenses. Nous échangeons sur les réseaux sociaux avec des Américains, des Brésiliens ou des Chinois, alors que, dans le même temps, nous ignorons parfois jusqu’au nom de notre voisin de palier. Le monde moderne rétrécit la distance qui nous sépare du lointain, tout en nous éloignant paradoxalement de notre prochain, c’est-à-dire de celui qui se trouve au sens propre «juste à côté de nous». La modernité engendre des bienfaits indéniables, sans lesquels nous ne pourrions plus vivre : nous sommes heureux de voyager, de découvrir d’autres contrées avec une facilité inédite dans l’histoire. Mais la mondialisation implique un brouillage des repères. Tout évolue à un rythme frénétique. Autrefois, les hommes vivaient dans le même monde, de la première à la dernière heure de leur vie. Or, depuis un demi-siècle, notre paysage a été considérablement dépaysé. Nous sommes confrontés à des produits matériels et culturels venus des quatre coins du globe, comme les plats que nous mangeons, les films que nous regardons ou les vêtements que nous portons. Et nous voyons surgir à chaque décennie une véritable révolution technologique qui bouleverse la société: l’automobile, la télévision, le téléphone portable, l’Internet. Face à des changements aussi rapides, l’ici et l’ailleurs n’ont plus guère de signification. Les gens finissent par se demander qui ils sont, et d’où ils viennent. Cette situation explique la résurgence de l’idée nationale dans le discours politique. Devant l’infini de l’horizon, on cherche à renouer des racines. Reste à savoir sous quelle forme, et par quels moyens.


Krisis n°46 : Nation et souveraineté ?
Krisis 46 Nation et souveraineté
Prix de vente : 24 euros
Éditorial
Entretien avec Pierre Manent / Le sentiment national dans un monde en crise.
Charles Taylor / Démocratie, nationalisme et exclusion.
Thibault Isabel / Individualisme, nationalisme et identité à l’ère du village global.
Entretien avec Dominique Schnapper / La république face aux problèmes d’intégration.
Pierre-André Taguieff / Sous le «populisme» : le nationalisme.
Entretien avec Pierre-André Taguieff / La révolte contre les élites ou la nouvelle vague populiste.
Guy Hermet / Les voisinages incertains du populisme.
Frédéric Dufoing / La doctrine de l’État fédéral et le déficit démocratique européen.
Denis Collin / Faut-il enterrer l’État-nation ?
Otto Bauer / Document : Le concept de nation (1907).
David L’Épée / Nation et résistance aux empires : le cas helvétique.
Louis Narot / Charles Maurras et le nationalisme intégral.




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Krisis 46  Nation et souveraineté
Sommaire de Krisis 46 : Nation et souveraineté ?

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Les auteurs de ce numéro

Otto Bauer : Né à Vienne le 5 septembre 1881, mort à Paris le 5 juillet 1938. Grande figure de l’austro-marxisme. Ami de Kautsky et collaborateur de la revue socialiste Neue Zeit, il rédige en 1907 l’ouvrage La social-démocratie et la question des nationalités, dont est tiré le texte que nous publions ici. Il devient en 1918 le leader du Parti ouvrier social-démocrate autrichien, puis ministre des affaires étrangères en 1918 et 1919, grâce à une coalition avec le Parti chrétien social. Il émigre en 1934 pour fuir le nazisme.

Denis Collin : Né en 1952, professeur de philosophie, ses travaux tentent de concilier marxisme et républicanisme. On lui doit notamment La théorie de la connaissance chez Marx (L’Harmattan, Paris 1996), La fin du travail et la mondialisation (L’Harmattan, Paris 1997), Morale et justice sociale (Seuil, Paris 2001), La matière et l’esprit : sciences, philosophie et matérialisme (Armand Colin, Paris 2004), Revive la République ! (2005), Comprendre Marx (2006), Comprendre Machiavel (2008), Le cauchemar de Marx : le capitalisme est-il une histoire sans fin ? (Max Milo Éditions, Paris 2009), La longueur de la chaîne : essai sur la liberté au XXIe siècle (Max Milo Éditions, Paris 2001) et Libre comme Spinoza (Max Milo, Paris 2014). On peut consulter son blog à l’adresse : <http://denis-collin.viabloga.com>.

Frédéric Dufoing : Né en Belgique, il réside actuellement au Luxembourg. Professeur de philosophie, politologue, spécialiste de l’économie politique internationale. Auteur de L’écologie radicale (Infolio, Paris 2012), il fut le co-fondateur de la revue Jibrile et collabore régulièrement à ÉlémentsLimite et La Nef.

Guy Hermet : Né en 1934, sociologue, politologue et historien, ancien chercheur à la Fondation nationale des sciences politiques, directeur du Centre d’études et de recherches internationales entre 1976 et 1985, docteur honoris causa de l’Université complutense de Madrid, il est notamment l’auteur de Les populismes dans le monde : une histoire sociologique (Paris, Fayard 2001) et de L’hiver de la démocratie ou le Nouveau Régime (Paris, Armand Colin 2007).

David L’Épée : Né en Suisse en 1983, diplômé en philosophie. Collaborateur régulier des revues Éléments et Rébellion, il s’est spécialisé dans l’histoire du socialisme et les débats autour de la démocratie directe. Il est par ailleurs critique de cinéma indépendant.

Thibault Isabel : Né en 1978 à Roubaix. Rédacteur en chef de Krisis. Docteur en esthétique, il travaille dans le domaine de la philosophie générale, de l’anthropologie culturelle et de l’étude comparée des mentalités et des systèmes de pensée. Auteur de nombreux articles parus dans des revues spécialisées, ainsi que de plusieurs ouvrages : Le champ du possible (La Méduse, Lille 2005), La fin de siècle du cinéma américain (La Méduse, Lille 2006), Le paradoxe de la civilisation (La Méduse, Lille 2010), À bout de souffle (La Méduse, Lille 2012) et Le parti de la tolérance (La Méduse, Lille 2014).

Pierre Manent : Né en 1949 à Toulouse. Philosophe, professeur de philosophie politique, directeur d’études à l’EHESS. Normalien et agrégé de philosophie. Ancien assistant de Raymond Aron au Collège de France, il fut en 1978 le co-fondateur de la revue Commentaire. Il est aussi l’auteur de Naissances de la politique moderne : Machiavel, Hobbes, Rousseau (Paris, Payot 1997), Tocqueville et la nature de la démocratie (Paris, Gallimard 1982), La cité de l’homme (Paris, Flammarion 1994), Cours familier de philosophie politique (Paris, Fayard 2001), La raison des nations : Réflexions sur la démocratie en Europe (Paris, Gallimard 2006), Enquête sur la démocratie : Études de philosophie politique (Paris, Gallimard 2007), Les métamorphoses de la cité (Paris, Flammarion 2010), Montaigne : la vie sans loi (Paris, Flammarion 2014) et Situation de la France (Paris, Desclée de Brouwer 2015).

Louis Narot : Universitaire, membre du Cercle Henri Lagrange et collaborateur régulier de l’AF 2000.

Dominique Schnapper : Née Dominique Aron en 1934, à Paris, elle est sociologue et politologue. Directrice d’études à l’EHESS, présidente du Musée d’art et d’histoire du judaïsme, ancien membre du Conseil constitutionnel. Elle est en particulier l’auteur de La communauté des citoyens, sur l’idée moderne de nation (Paris, Gallimard 1994), Qu’est-ce que la citoyenneté ? (Paris, Gallimard 2000), La démocratie providentielle. Essai sur l’égalité contemporaine (Paris, Gallimard, 2002), Qu’est-ce que l'intégration ? (Paris, Gallimard 2007) et L’esprit démocratique des lois (Paris, Gallimard 2014).

Pierre-André Taguieff : Né à Paris en 1946, philosophe, politologue et historien des idées, directeur de recherche au CNRS. Il est l’auteur de très nombreux ouvrages, dont La revanche du nationalisme (Paris, PUF 2015). Il vient aussi de publier avec Annick Duraffour, Céline, la race, le Juif. Légende littéraire et vérité historique (Fayard, Paris 2017). L’entretien que nous publions ici sous une forme étendue avait paru dans une première version sur le site d’Atlantico.

Charles Taylor : Né en 1931 à Montréal. Professeur émérite de sciences politiques et de philosophie à l’Université McGill. Philosophe de réputation internationale, traduit dans plus de vingt langues, il est un des chefs de file de la mouvance communautarienne. En 2007, il fut nommé par le gouvernement québécois coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles (dite « Commission Bouchard-Taylor »), avec l’historien Gérard Bouchard. Il est l’auteur de Hegel et la société moderne (Paris, Cerf 1998), Les sources du moi : La formation de l’identité moderne (Paris, Seuil 1998), Le malaise de la modernité (Paris, Cerf 2002), Multiculturalisme : Différence et démocratie (Paris, Aubier 1993), La liberté des modernes (Paris, PUF 1999), Laïcité et liberté de conscience (avec Jocelyn Maclure, Paris, La Découverte 2010) et L’âge séculier (Paris, Seuil 2011). 




Krisis 46 Nation et souveraineté